07 décembre 2018

Salaires : jeu de la patate chaude entre le gouvernement et le patronat !

Les salaires qui ne permettent plus de vivre sont au centre des nombreuses manifestations des gilets jaunes. Pris de panique, le gouvernement envisagerait de faire un cadeau fiscal de plus aux entreprises en échange d'une "prime exceptionnelle" ... hypothétique. 


Aujourd'hui, pour beaucoup de salariés, demander une augmentation alors que, beaucoup d'entreprises leur proposent de ne pas fermer sous 3 à 5 ans en échange d'un gel de salaire ou d'une augmentation non rémunérée du temps de travail, semble totalement illusoire. 

Or, qui dit salaires qui n'augmentent pas dit pouvoir d'achat en danger. Comment l'exécutif peut-il permettre à ceux qui travaillent de vivre dignement de leurs salaires ? C'est le jeu de la patate chaude auquel se livrent le gouvernement et le patronat.

Qui se souvient de la «prime Sarkozy»  ? Créée en 2011 par Nicolas Sarkozy dans le but de «partager avec les salariés les bénéfices des entreprises». Elle devait permettre d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés. 

Annoncée à près de 1000 €, elle s'est révélée être un magistral flop ! Nous citions quelques exemples dans un billet de 2011 : " ... On pourra citer « l'humour » des patrons de Sécuritas qui ont proposé à leurs salariés 3, 50 €. Ou celui des patrons d'IPSOS, plus généreux qui leur proposent ... 24 € ... Xavier Bertrand a quand même reconnu ... quelques disparités : « (...) Pour certaines c'est 150 euros, d'autres 200, d'autres 600 ..." Il faut dire qu'à l'époque, le Medef avait largement contribué au torpillage de cette mesure

Et, savez-vous le nom du ministre de l'économie qui a mis fin à cette "prime" ? Un certain Emmanuel Macron.

Or, devenu Président de la République, il est à son tour confronté aux questions de pouvoir d'achat et de bas salaires. Paniqué par le mouvement des gilets jaunes et de la sympathie que lui accorde les français, le gouvernement vient par l'intermédiaire de la ministre du travail d'émettre l'idée d'octroyer une "prime exceptionnelle" pour les salariés. Sous quelle forme ?

Contrairement à la "prime Sarkozy" qui s'appuyait (naïvement) sur les dividendes des entreprises, l'idée serait de faire financer celle-ci en grande partie par les impôts des salariés. Là, on frise le grandiose jupitérien !

" Muriel Pénicaud, en a appelé vendredi aux entreprises, soulignant que "tout le monde doit faire sa part" face à l'"urgence sociale absolue" dont témoigne la crise des "gilets jaunes". Muriel Pénicaud reçoit vendredi matin à son ministère les organisations syndicales et patronales avec cinq autres membres du gouvernement. Elle a confirmé que seraient sur la table des discussions, le sujet de la prime transport et le versement d'une prime exceptionnelle défiscalisée et exonérée de charges ..." - Source BFM https://urlz.fr/8oB4

Il est inutile de préciser que le Medef s'est montré très intéressé par ce montage. Il a simplement indiqué dans un communiqué de presse comment il concevait la distribution de cette "prime exceptionnelle". Extrait : "... l’annonce par le gouvernement de la possibilité de mettre en place une prime volontaire exonérée de charges sociales et d’impôt serait une réponse urgente à une situation d’urgence, dont pourront se saisir les entreprises selon leurs capacités "

Traduction : Aucune obligation et un montant parfaitement hypothétique !

Le Medef ajoutant : " On ne peut pas considérer les entreprises comme responsables de cette situation, elles en sont les victimes. Nous sommes d’abord dans une crise de sur-fiscalité, qui doit être résolue par une baisse de la fiscalité, des ménages comme des entreprises "

On serait tenté de dire : "chiche", au Medef, sur la baisse de la fiscalité dans la mesure où une partie de celle-ci bénéficie très largement aux entreprises. Témoin, l'article publié par L'humanité, le 5 février 2018 dans lequel on apprend que le montant des aides publiques aux entreprises privées se monte chaque année à environ 200 milliards d’euros !

Choquant ? Pas pour la ministre du travail qui préfère déclarer : " On ne va pas imposer par la loi une augmentation générale des salaires, ça n'a pas de sens, on détruirait de la compétitivité et de l'emploi

Le jeu de la patate chaude continue ...

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