28 juin 2021

Retraite à 64 ans : vers une galère sans fin pour les salariés seniors

 Alors que seuls 31% des plus de 60 ans sont encore en poste, gouvernement et patronat veulent pourtant reporter l'âge de départ à la retraite à 64 ans. Galère en vue pour tous les salariés seniors.

C'est selon de nombreux analystes LE sujet des mois à venir. Ce pourrait être même un des thèmes de la prochaine campagne présidentielle. C'est d'ailleurs ce que pense le MEDEF , favorable au report à 64 ans, puisque son Président a déclaré dans un entretien aux Echos : "... Pour moi c'est un débat de la présidentielle, il faut que tous les candidats se positionnent ..."


Source Nouvel Obs 14 janvier 2020

 Du côté de la Présidence de la République et du gouvernement, on s'appuie sur le dernier rapport des économistes Olivier Blanchard et Jean Tirole qui propose : "d'inciter les seniors à travailler plus longtemps "en renforçant la prévention et le traitement des maladies chroniques, en améliorant la qualité de la formation continue et en assouplissant leurs conditions de travail"

Comment, devant de telles déclarations ne pas se rappeler de ce disait Noam Chomsky : " Comment détruire un service public ? ... Commencez par baisser son financement. Il ne fonctionnera plus. Les gens s’énerveront. Ils voudront autre chose ...". ce raisonnement est parfaitement applicable à nos retraites. Pour le financement c'est déjà fait au travers des baisses et exonérations de cotisations qui plombent le système. Pour le reste, que demanderons les gens, à terme ? Tout simplement la mise en place de fonds de retraites par capitalisation.

Cela faisait, d'ailleurs, l'affaire d'un article entier du projet de loi sur la réforme des retraites. Soutenu, bien entendu par les bancassureurs adhérents au MEDEF.

Au delà de tout cela, que comptent faire nos gouvernants et les organisations patronales pour conserver dans l'emploi les salariés de plus de 60 ans ?

Si du côté des économistes missionnés par le gouvernement, on compte faire, comme cité plus haut, de la prévention contre les maladies chroniques et de la formation, ce qui demandera, au passage, de nombreuses années de mise en place, compte tenu, qu'il est, pour nos dirigeants, impossible de contraindre les employeurs.

Du côté du MEDEF on porte haut le cynisme en proposant, il y a peu : " de verser aux seniors qui acceptent un emploi moins bien payé que leur travail précédent, une aide compensatoire prise en charge par Pôle emploi ou l’assurance chômage " par ici la bonne aubaine !

Au gouvernement comme dans les sphères patronales, la réponse est toujours la même : Il n'y a pas d'autre solution. Oubliant, bien entendu, d'évoquer  la proposition d'ATTAC qui consiste à : " créer des cotisations sur les revenus financiers ... malgré la formidable productivité des salariés français, le partage de la valeur ajoutée est de plus en plus favorable au capital par rapport au travail. Il serait donc logique que les revenus financiers (largement préservés par E. Macron - cf la flat tax et la suppression de l’ISF) soient aussi taxés pour financer notre système social "

La réalité, tout le monde la connaît. Le bien vieillir au travail est une imposture. Les premières victimes des licenciements économiques classiques, des ruptures conventionnelles collectives et individuelles ce seront les salariés les plus âgés à qui on ne proposera rien d'autre que des formations sans issue permettant de les supprimer provisoirement des chiffres du chômage.

Alors, que fera t-on de ces seniors dont personne ne voudra ?

Une fois leurs droits aux indemnités chômage épuisés, il devront se tourner vers les aides sociales (s'ils peuvent y prétendre). Travailler au noir pour trois sous ? Se mettre en concurrence avec les jeunes générations sur les petits boulots en acceptant des salaires toujours plus bas ? Ou bien essayer de prouver une invalidité au travail leur permettant d'attendre l'âge de départ officiel ?

Nous sommes devant un choix de société qui devrait, sans nul doute, faire partie des programmes des candidats à la présidentielle. Une fois de plus, nombreux seront ceux qui nous rejoueront la belle légende du : travailler plus et plus longtemps". A tous les salariés d'être particulièrement attentifs ...


 

 

23 juin 2021

Elections : la grève du vote ne fait que commencer !

 La panique est en train de gagner dans les partis et mouvements politiques depuis le premier tour des élections régionales et départementales. Visiblement, les abstentionnistes ou les grévistes du vote ne croient plus que la politique puisse changer leurs vies.


  Il n'y avait qu'à regarder, dimanche soir, la mine déconfite et l'étonnement des politiques et des spécialistes sondagiers présents sur les plateaux de télévision à l'annonce de la participation aux régionales et départementales pour comprendre que le ciel leur était tombé sur la tête.

Leurs réponses étaient à quelque chose près identiques : mauvais choix de la date de ces élections, manque de pédagogie des pouvoirs publics, manque d'intérêt des deux consultations. L'argument le plus drôle, si on peut dire, étant ... la fête des père comme motif d'abstention !

Aucun responsable politique ce soir là pour évoquer l'impuissance des partis et mouvements politiques élus face au libre échange économique qui met les salariés de tous les pays ou régions en compétition et pousse au moins disant social tout en créant d'immense profits captés par un tout petit nombre d'individus.

Vendre l'alternance aux français comme moyen de "changer leur vie" ne suffit plus. A chaque fois, le "réalisme" économique a repris le dessus. Ces alternances se font et se feront toujours dans le respect des accords et traités économiques signés par la France qui pour la grande majorité ont une orientation libérale.

 Pendant ce temps là, années après années on a réduit les avantages sociaux, flexibilisé les salariés, simplifié les licenciements, augmenté l'âge de départ à la retraite. Toujours, bien entendu, au nom de la sacro-sainte règle de la COMPETITIVITE. La réalité, c'est que ce ne ce ne sont plus les élus des pays qui décident de la gestion et de l'avenir de leurs populations mais les économistes des grands organismes internationaux : OCDE, FMI, BCE, Union européenne, etc ...

Le seul problème, c'est que le nombre de ceux qui restent au bord de la route est de plus en plus nombreux. Jeunes à qui on explique qu'ils manquent d'expérience et dont l'avenir est fait de CDD de courte durée, seniors à qui on explique qu'ils sont "trop chers" et plus adaptés à un environnement économique moderne. Et les autres à qui on explique que pour rester compétitifs par rapport à des pays aux salaires et conditions de travail médiocres il va falloir faire profils bas.

Que valent aujourd'hui les professions de foi des candidats face à l'usine qui ferme et laisse sur le carreau des centaines de personnes qui n'ont que peu de chance de retrouver un emploi digne ?

Que valent les professions de foi des candidats face à des services publics réduits au minimum parce que : "Il faut être moderne" et que la numérisation c'est l'avenir ?

Que valent les professions de foi des candidats face aux baisses de cotisations ou de fiscalité des entreprises sans la moindre contrepartie d'emploi ? 

 La réalité c'est que la mondialisation qu'on nous vendait comme "heureuse" a gagné et que nos élus se cantonnent aujourd'hui dans le "sociétal" ou le "régalien" tout en essayant de nous faire croire qu'ils peuvent avoir la moindre influence sur celle-ci. Tout le monde sait que les relocalisations industrielles promises par nos gouvernants ou par les organisations patronales seront insignifiantes. L'intelligence artificielle ou les "emplois verts" ne suffiront pas à compenser les futures réductions d'effectifs qui s'annoncent à court, moyen ou long terme. 

Ce n'est pas la démocratie qui est en danger comme aiment à le répéter tous les politiques. C'est leur crédibilité face au quotidien et au futur des gens qui l'est ! 

 

Crédit image 

François OUGEN

07 décembre 2018

Salaires : jeu de la patate chaude entre le gouvernement et le patronat !

Les salaires qui ne permettent plus de vivre sont au centre des nombreuses manifestations des gilets jaunes. Pris de panique, le gouvernement envisagerait de faire un cadeau fiscal de plus aux entreprises en échange d'une "prime exceptionnelle" ... hypothétique. 


Aujourd'hui, pour beaucoup de salariés, demander une augmentation alors que, beaucoup d'entreprises leur proposent de ne pas fermer sous 3 à 5 ans en échange d'un gel de salaire ou d'une augmentation non rémunérée du temps de travail, semble totalement illusoire. 

Or, qui dit salaires qui n'augmentent pas dit pouvoir d'achat en danger. Comment l'exécutif peut-il permettre à ceux qui travaillent de vivre dignement de leurs salaires ? C'est le jeu de la patate chaude auquel se livrent le gouvernement et le patronat.

Qui se souvient de la «prime Sarkozy»  ? Créée en 2011 par Nicolas Sarkozy dans le but de «partager avec les salariés les bénéfices des entreprises». Elle devait permettre d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés. 

Annoncée à près de 1000 €, elle s'est révélée être un magistral flop ! Nous citions quelques exemples dans un billet de 2011 : " ... On pourra citer « l'humour » des patrons de Sécuritas qui ont proposé à leurs salariés 3, 50 €. Ou celui des patrons d'IPSOS, plus généreux qui leur proposent ... 24 € ... Xavier Bertrand a quand même reconnu ... quelques disparités : « (...) Pour certaines c'est 150 euros, d'autres 200, d'autres 600 ..." Il faut dire qu'à l'époque, le Medef avait largement contribué au torpillage de cette mesure

Et, savez-vous le nom du ministre de l'économie qui a mis fin à cette "prime" ? Un certain Emmanuel Macron.

Or, devenu Président de la République, il est à son tour confronté aux questions de pouvoir d'achat et de bas salaires. Paniqué par le mouvement des gilets jaunes et de la sympathie que lui accorde les français, le gouvernement vient par l'intermédiaire de la ministre du travail d'émettre l'idée d'octroyer une "prime exceptionnelle" pour les salariés. Sous quelle forme ?

Contrairement à la "prime Sarkozy" qui s'appuyait (naïvement) sur les dividendes des entreprises, l'idée serait de faire financer celle-ci en grande partie par les impôts des salariés. Là, on frise le grandiose jupitérien !

" Muriel Pénicaud, en a appelé vendredi aux entreprises, soulignant que "tout le monde doit faire sa part" face à l'"urgence sociale absolue" dont témoigne la crise des "gilets jaunes". Muriel Pénicaud reçoit vendredi matin à son ministère les organisations syndicales et patronales avec cinq autres membres du gouvernement. Elle a confirmé que seraient sur la table des discussions, le sujet de la prime transport et le versement d'une prime exceptionnelle défiscalisée et exonérée de charges ..." - Source BFM https://urlz.fr/8oB4

Il est inutile de préciser que le Medef s'est montré très intéressé par ce montage. Il a simplement indiqué dans un communiqué de presse comment il concevait la distribution de cette "prime exceptionnelle". Extrait : "... l’annonce par le gouvernement de la possibilité de mettre en place une prime volontaire exonérée de charges sociales et d’impôt serait une réponse urgente à une situation d’urgence, dont pourront se saisir les entreprises selon leurs capacités "

Traduction : Aucune obligation et un montant parfaitement hypothétique !

Le Medef ajoutant : " On ne peut pas considérer les entreprises comme responsables de cette situation, elles en sont les victimes. Nous sommes d’abord dans une crise de sur-fiscalité, qui doit être résolue par une baisse de la fiscalité, des ménages comme des entreprises "

On serait tenté de dire : "chiche", au Medef, sur la baisse de la fiscalité dans la mesure où une partie de celle-ci bénéficie très largement aux entreprises. Témoin, l'article publié par L'humanité, le 5 février 2018 dans lequel on apprend que le montant des aides publiques aux entreprises privées se monte chaque année à environ 200 milliards d’euros !

Choquant ? Pas pour la ministre du travail qui préfère déclarer : " On ne va pas imposer par la loi une augmentation générale des salaires, ça n'a pas de sens, on détruirait de la compétitivité et de l'emploi

Le jeu de la patate chaude continue ...

03 décembre 2018

Gilets Jaunes : l'exécutif dans la nasse ?


 AFP - 3 décembre 2018

" ... La crise politique est manifeste après ce troisième samedi de mobilisation des "gilets jaunes" et ses nombreuses scènes de débordements et de dégradations, les 263 blessés dont 133 à Paris. "La France sous le choc attend des réponses", titre Le Figaro, tandis que Libération affiche un Emmanuel Macron "submergé" dans le jaune.

Y aura-t-il une quatrième manifestation samedi à Paris, alors que des appels en ce sens circulent déjà sur les réseaux sociaux ? "On verra dans quel état sera l'exécutif", a cinglé dimanche Gérard Larcher ..." Lire la suite


"Gillets jaunes" et Emmanuel Macron : Dessin d'Allan Barte


Crédit et copyright illustration 

12 juillet 2018

Syndicats de salariés : s'unir maintenant ou mourir !

"Réformistes" ou pas les syndicats de salariés se trouvent à la croisée des chemins. Face à un pouvoir qui veut se passer des corps intermédiaires et face à des salariés qui s'inquiètent de plus en plus les syndicats vont devoir s'unir ou mourir.

Existerait-il autant de façon de défendre les salariés que de syndicats ? A priori non. Et pourtant, il est assez fréquent de voir les syndicats se contredire ou ne pas soutenir les actions des uns et des autres. Que retiennent les français et plus particulièrement les salariés de cette désunion permanente ? 


Une étude ODOXA de 2016 indiquait : "Les deux tiers des Français (65 %) ont une mauvaise opinion des organisations syndicales et plus de la moitié (59 %) ne leur font pas confiance pour défendre les intérêts des salariés" Mais, ajoute Le Parisien sur lequel est publié cette étude : ".../... malgré cette litanie de griefs, les Français, pour une large majorité (56 %), les jugent utiles. Utiles notamment pour peser de tout leur poids dans les réformes économiques .../..."

Ce que peu d'analystes évoquent ce sont les conditions qui ont amené les syndicats à ne plus représenter que 7% des salariés français. Il a 50 ans, beaucoup de français travaillaient dans de grandes entreprises industrielles dont un certain nombre avaient été nationalisées après guerre. A cette époque, un mouvement de grève avait une efficacité redoutable. Le taux de syndicalisation y était particulièrement élevé. « Quand Billancourt éternue la France s’enrhume », disait-on en référence aux mobilisations à la Régie Renault dont les succès profitaient par extension à énormément de salariés. La mondialisation et ses délocalisations, l'émergence progressive et irréversible des PME et des TPE ont petit à petit fait disparaître les bastions syndicaux dans le privé. Et même si la syndicalisation reste forte dans la fonction publique, la désunion des syndicats face au gouvernement dans l'affaire de la SNCF laissera des traces.

Combien y a t-il de syndicats en France ?

Tout d'abord les syndicats représentatifs : CGT, CFDT, Force Ouvrière, CFTC, CFE-CGC. Puis les syndicats n'ayant pas atteint la barre minimale nationale de représentativité : UNSA, Solidaires et FSU. Ce qui horripile beaucoup de salariés c'est la guerre permanente que se livrent ces syndicats pour être ou devenir le premier de la liste. C'est donc à qui sera le premier dans tel ou tel secteur d'activité. C'est puéril et démobilisateur pour des salariés qui ont tous les jours entendent les nouveaux coups de boutoirs du Président, de son gouvernement et sa majorité.

Devait-il y avoir un front commun contre la "réforme" du code du travail ? Beaucoup de salariés le pensaient. Ce ne fut pas le cas. Les raisons sont nombreuses mais nous retiendrons les petites haines intersyndicales et les stratégies consistant à se positionner comme meilleur interlocuteur du gouvernement au détriment des autres syndicats.

C'est un fait, les mouvements de grèves ne mobilisent plus. La CFDT et même FO ne se privent pas de le dire. Mais quelles actions opposer à un gouvernement bien décidé à mettre en pièce un modèle social auquel les syndicats on grandement contribué ? La stratégie du compromis chère à Laurent Berger ne tient plus la route. Car, pour trouver des compromis, il faut avoir un dialogue. Berger dénonçait d'ailleurs, en juin dernier : ".../... la vision «anglo-saxonne» de la société d'Emmanuel Macron, qui «renforce les populistes» en menant une politique «très déséquilibrée» où les réformes sociales «n'existent pas».

Le dossier des retraites dernière possibilité d'union syndicale avant fermeture ?

Assurément. Tous les salariés français seront attentifs au big bang voulu par le Président. Si du côté de la CGT, de FO, de Solidaires et peut être de la CFE-CGC on se battra pied à pied, il est assez probable que la CFDT (rejointe certainement par la CFTC et UNSA) jouera la carte du "compromis" comme l'expliquaient Les Echos. On s'achemine donc vers un nouveau désaccord syndical auquel les négociateurs gouvernementaux prendront beaucoup de plaisir. 

Il ne reste qu'à espérer que la rencontre du 11 juillet qui a vu, chose inédite, syndicats et patronat réunis afin de créer un front uni face au Président de La République soit un déclencheur d'union pour les représentants des salariés. "Réformistes" ou pas les syndicats vont devoir travailler ensemble pour expliquer la situation à tous les salariés et les associer à tous les types de ripostes qui s'imposeraient en cas de bras de fer avec le gouvernement !

C'est ça ou mourir dans l'indifférence de tous les salariés !   


Crédit et copyright photo

02 juillet 2018

Seuils sociaux "freins à l'embauche" : les contes et légendes des organisations patronales

Les seuils sociaux ennemis de l'emploi c'est une des plus anciennes litanies des organisations patronales. Or, une étude réalisée pour la CCI montre que même avec les derniers assouplissements, les entreprises n'embaucheront pas.


 En juillet 2014, François Rebsamen, alors ministre du travail censé "inverser la courbe du chômage" ouvrait la boîte de pandore des seuils sociaux. Il proposait de les geler pendant trois ans. Validant ainsi la légende patronale des seuils "constituant un frein à l'embauche" Cette mesure selon des "experts" pouvaient créer entre 22 000 et 140 000 emplois par an. En fait, on était prêt à l'Elysée, à Matignon et au ministère du travail à accepter n'importe quoi et écouter n'importe qui pourvu que le chômage baisse. 

Le journal Le Parisien en partenariat avec Le Journal du Net et le Medef IDF avait, à l'époque, interrogé des chefs d'entreprises sur le sujet, à savoir : "Les entreprises accepteront-elles de s'engager à embaucher si les seuils sociaux sont gelés durant trois ans ? "

Résultat

"Sur les 142 réponses reçues, 39,5% des patrons se disent prêts à s'engager à créer des emplois, contre 34,5% de non et 26% sans opinion" Certes l'échantillon était faible mais on sentait bien que l'argument du "frein à l'embauche" ne tenait pas. En effet, tous les chefs d'entreprises vous diront que c'est le carnet de commande qui dicte le besoin de recrutement de nouveaux salariés. Mais, quelques droits des salariés à grignoter pourquoi pas ?

L'alternance politique de 2017 ayant eu lieu, c'est donc Emmanuel Macron, nouveau Président de la République qui au travers de Bruno Le Maire  son ministre de l'économie a remis le couvert sous prétexte de "favoriser le développement des PME en supprimant les freins à l'embauche liés aux seuils sociaux"

Comment ?

" ... / ... Concrètement, quand une entreprise franchit un certain nombre de salariés (11, 20, 50 ou 250), elle fait face à de nouvelles obligations administratives et fiscales. D’où un effet de seuil : recruter une 11ème personne peut paradoxalement être peu avantageux. La loi Pacte va supprimer plusieurs obligations, à commencer par la cotisation au Fonds national d’aide au logement et le règlement intérieur, déplacés de 20 à 50 salariés. Concernant la nécessité d’installer un local syndical, elle s’appliquera aux entreprises de plus de 250 salariés (contre 200 aujourd’hui). Enfin, Bercy stipule que les taxes et obligations liées au passage d’un seuil seront effectives "cinq années civiles consécutives" après l’expansion en question, afin de donner le temps aux entreprises de croître" - Source Europe1

Donc, on passe de 3 ans à 5. Mais pour quel effet sur l'emploi ?

La réponse se trouve dans une étude du 29 juin commandée par la Chambre de Commerce et d'Industrie. Dans cette étude, on retrouve la même question qu'en 2014 : "Le gel des seuils sociaux pendant cinq ans va-t-il vous inciter à recruter ? "

Et que pensez-vous que les entreprises interrogées ont répondu ?

"A cette question, les employeurs interrogés sont catégoriques : 94 % d'entre eux pensent que cette mesure ne favorisera pas l'augmentation de leurs effectifs quand seulement 6% estiment qu'ils vont probablement procéder à des embauches du fait de la mise en place de cette disposition. Des résultats qui peuvent être éclairés par une enquête de l'INSEE qui démontre « qu'un assouplissement des seuils sociaux n'aurait  qu'un effet limité sur l'emploi»"

 

Nul doute que le successeur de Pierre Gattaz à la tête du Medef brandira, rapidement, de nouveaux "freins à l'embauche" comme : le montant du SMIC ou l'impossibilité de le moduler suivant les régions, l'impossibilité de créer des mini jobs pour les débutants ou les chômeurs, le nombre de jours fériés trop important ... 

On a d'ailleurs une piste depuis ce matin sur ce qui pourrait être le nouveau combat du Medef. Sur Europe1, Geoffroy Roux de Bezieux, possible futur patron du Medef, était interrogé sur la prolifération des CDD courts. Il déclarait : "la taxation des contrats courts est aussi "une aberration". "Cela fait partie du business development de certains secteurs .../ ... Le vrai sujet, c'est de reposer la question des contrats de travail. On a une vraie particularité en France, c'est la dualité entre CDD et CDI" Lui préférerait un CDI plus flexible, revendication classique du Medef

Quelle réponse donneront nos gouvernant à cette future demande comme aux autres ? Sans le moindre cynisme, on répondra que cela dépendra de la courbe du chômage à chaque échéance électorale et ce jusqu'à 2022. Et comme ces périodes sont d'ores et déjà envisagées avec gourmandise par les organisations patronales, les salariés français ont vraiment de quoi s'inquiéter ...


Crédit image et étude

20 juin 2018

Le chômage des seniors : vraiment pas la préoccupation de la ministre du travail !

Muriel Penicaud répondait ce matin à des lecteurs du journal Le Parisien. Abordant le chômage des seniors, elle s'est limitée à affirmer qu'il suffirait "d'ouvrir les mentalités" pour résoudre le problème !

Le chômage des seniors est préoccupant dans la mesure où c'est celui qui augmente le plus années après années. Aucun gouvernement n'a pu ou voulu vraiment s'en occuper. Or, ne pas pouvoir trouver un emploi à cause de son âge est une discrimination majeure. 


Le fait que les seniors peinent à garder leur place dans les entreprises n'est pas nouveau puisque comme l'écrivait le site Clés du Social : .../... "le recours aux préretraites comme outil de gestion de la pyramide des âges, (fut) prédominant dans les années 1970-1980, a quasiment disparu .../..." La cause ? "./... la mise en place en 2003 d’une taxe, alourdie en 2008 (50 % des sommes versées), sur les préretraites d’entreprise .../..."

Longtemps, les organisations patronales ont expliqué que les entreprises rechignaient à embaucher des plus de 55 ans dans la mesure où l'âge de la retraite était de 60 ans, elles ne pouvaient pas envisager de projet de moyen où long terme avec des salariés trop proche de la retraite.

D'ailleurs Laurence Parisot alors Présidente du Medef expliquait la mobilisation des entreprises sur le sujet.

En 2008 : «  Le MEDEF s’engage pleinement à tout faire pour augmenter le taux d’emploi des seniors dans le secteur privé (...) » 
En 2009 : « (...) L’emploi et le maintien dans l’emploi des seniors font partie des objectifs prioritaires (...) Rompre avec la culture de la sortie précoce d’activité est une nécessité, ne serait-ce que pour faire face aux enjeux démographiques et préserver les régimes de retraite (...) Pour y parvenir, une véritable révolution des esprits a été ébauchée et doit se poursuivre (...) »

Avec le résultat qu'on connaît ...

Ce matin dans le journal Le Parisien, c'était à notre actuelle ministre du travail d'être confrontée par une lectrice au problème de l'emploi des seniors

Selon elle  : " Avec les ordonnances sur le dialogue social et la réforme du marché du travail nous avons déjà fait sauter un verrou psychologique. Je croise beaucoup de patrons de PME qui me disent "maintenant, je n’ai plus peur d’embaucher "

Question de la lectrice : " Souvent, à 45-50 ans, on se retrouve sans travail. Que faites-vous pour les seniors ? "

Muriel Penicaud : " Ceux qui recrutent ont souvent des stéréotypes dans la tête. Il est vrai que les entreprises n’embauchent pas assez de seniors. Les employeurs disent qu’ils manquent de compétences. Les seniors en ont ! Il faut ouvrir les mentalités ! "

Question de la lectrice : " Oui… mais les employeurs disent qu’on coûte trop cher... "

Muriel Penicaud : " C’est un obstacle, je le reconnais. Est-ce qu’il ne vaut pas mieux parfois avoir un travail et accepter 10 % de salaire en moins ? C’est un arbitrage. Par ailleurs, il n’y a plus de limite d’âge pour la formation. Ce n’est pas parce qu’on a plus de 50 ans qu’on n’y a pas droit "

 En clair, ce n'est même une préoccupation secondaire de la ministre ! Que voulez-vous, la "Startup Nation" n'a que faire de gens incapables de comprendre qu'ils ne font pas partie du projet du Président de la République. 

Quant à ouvrir les mentalités, il est clair que les organisations patronales comme le Medef se contenteront du Forum Emploi Seniors annuel qui paraît-il propose 5000 offres d'emploi. La ministre se félicitera d'une telle mobilisation, le nouveau Président du Medef rappellera son attachement à une  "véritable révolution des esprits" Et Pôle Emploi se chargera de vérifier si ceux qui sont toujours au chômage ont une recherche d'emploi active. Car, n'oublions pas le recrutement à la demande de la ministre de 400 nouveaux contrôleurs qui pourront suspendre leurs droits pour ne pas avoir "recherché activement" un poste.

Honteux, écœurant  ? pour moi, c'est certain. Pour le Président, son gouvernement et sa majorité, il s'agit simplement de remettre au pas des gens qui manquent de volonté. Ainsi va la vie des gens dans la "République en Marche" ...


Crédit et copyright photo

06 juin 2018

Macron/Philippe : La réussite individuelle et le fric comme seuls projets de société ?

Les seuls projets de société de notre Président et de son gouvernement sont la réussite individuelle et son corolaire l'argent. Les banlieues et les personnes les plus en difficulté peuvent adhérer à ces projets à condition de se sublimer et d'oublier les aides de l'état.

Dans la "Startup nation" de notre Président, seule la réussite compte. Cette réussite doit être visible voir ostentatoire. On a pu s'en rendre compte lorsque Emmanuel Macron a rencontré les géants du numérique lors de "Tech for good". Seuls comptent à ses yeux quelques petits génies spécialistes des montages fiscaux destinés à payer le moins d'impôt possible. Pas très moral mais ... ils sont milliardaires. Donc un exemple pour la jeune génération ! 


Brasser du fric et faire partie d'une élite c'est un projet de société ?

Peut-on se limiter à dire aux français : bosse et ferme ta gueule quelles que soient les conditions de travail ou de rémunération. Car, tu finiras forcément par réussir et alors, à toi tous les beaux objets de luxe qui te permettront d'appartenir à l'élite du pays ? Ce mauvais remake d'un rêve américain auquel plus personne ne croit aux Etats Unis, c'est ce qu'on essaye de nous vendre chaque jour. 

Ce discours ambiant est bien résumée par Guillaume Duval dans Alternatives Economiques : "... On est parvenu à dresser les français les uns contre les autres pour convaincre nos concitoyens que les problèmes du pays ne viennent pas des inégalités scolaires, de l'abandon progressif des banlieues et des zones péri urbaines ..../... mais au contraire d'un excès de solidarité ..." 

Donc, haro sur les aides sociales qualifiées de trappe à pauvreté qui empêchent les plus pauvres de réussir leur vie. Le fait qu'en ces temps économiques troublés, n'importe lequel de nous peut en quelques temps se retrouver en grande précarité devrait interpeller nos dirigeants. Ce n'est pas le cas puisque Agnès Buzin a déclaré : "Nous recherchons ce qui fonctionne, nous arrêtons de financer ce qui ne fonctionne pas. la totalité des prestations sera passée au crible de l'exigence d'efficacité du gouvernement " On ne peut pas être plus clair ! Elle aurait pu ajouter que pour les éclopés économiques, il y a l'économie solidaire qui peu d'ailleurs recevoir l'épargne publique et les transformer en "winners". Alors, où est le problème ? 

La solidarité avec les territoires fragiles

On a vu avec quelle désinvolture le Président de la République à rejeté l'étude et les solution proposées par Jean-Louis Borloo sur les banlieues et les zones péri-urbaines. Cette attitude a fait écrire à Alba Ventura : "Emmanuel Macron, est venu leur dire qu'il ne croyait plus aux "plans banlieues". Il est venu leur dire qu'il fallait changer de méthode, de philosophie. Vous me direz que c'est pratique quand vous ne voulez pas mettre d'argent... Il est pour l'État facilitateur. Encore une fois, ça l'arrange bien : l'État facilitateur, ce n'est pas l'État payeur. C'est-à-dire que dans l'esprit du président, il y a l'État qui peut aider et qui peut accompagner, et il y a chacun qui doit prendre ses responsabilités, chacun qui doit prendre sa part

L'état payeur il a déjà distribué l'argent à ceux qui n'avaient aucune difficulté. Après tout, les habitants des banlieues ou des zones péri-urbaines n'avaient qu'à être soumis à l'ISF ou bénéficier des revenus d'un capital car dans ce cas, ils auraient applaudi la suppression de la première et adoré le fait que ces revenus soient moins taxés que les revenus sur le travail. Tout comme ils auraient pu se réjouir de l'abandon de l'exit tax.  Mais en banlieue, on pratique peu l'exil fiscal.

L'uniforme scolaire comme solution aux inégalités ?

Sur ce sujet c'est la droite parlementaire soutenue par de nombreux élus LREM qui est en pointe. Selon eux : "...  l’uniforme est un moyen de réduire les violences et l’insolence à l’école, un moyen aussi de renforcer le patriotisme, l’égalité entre les élèves et de s’assurer que la laïcité est respectée ..." D'ailleurs, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a dit sur BFM-TV qu’il était favorable au port de l’uniforme pour "les écoles qui le souhaitent".

Concernant les uniformes scolaires et leurs formidables vertus à remettre les élèves dans le droit chemin, Slate qui à consacré un article sur le sujet, donne un argument qui devrait faire réfléchir ceux qui veulent "renforcer l'égalité" : "Au Brésil, les élèves des écoles publiques, qui scolarisent surtout les enfants des catégories populaires, ne sont pas très fiers de leurs uniformes et certains éprouvent parfois une certaine honte à les porter car cela révèle l’école dans laquelle ils sont..."  Et Slate de conclure : "L’uniforme ne permet pas de lutter contres les inégalités, il permet seulement d’en masquer certaines, au sein d’un groupe donné, de manière lacunaire et superficielle. Peut-être que tous les hommes et femmes politiques qui se repaissent de ce débat sur l’uniforme devraient, plutôt que de vouloir cacher le problème avec un bout de tissu, s’attacher à le regarder en face et se poser la seule question: comment faire mieux réussir les enfants des catégories populaires qui pâtissent d’un vrai désavantage au sein du système scolaire français? "

Une nation ne peut pas se résumer aux seuls poncifs de la réussite et de son corolaire le fric. Le social ne peut pas être une variable d'ajustement budgétaire. Chaque citoyen de ce pays mérite autant d'attention qu'il soit fortuné ou pauvre. La solidarité ne peut être sacrifiée sur l'autel de la puissance de l'argent et de la réussite individuelle. La vision élitiste de ces gouvernants me sort par les yeux ! Elle devrait pourtant durer encore quatre ans. A moins que les français lassés de cette "nouvelle politique" n'infligent les pires scores au parti du Président et à ses mouvements associés aux prochaines consultations électorales à venir ....


Crédit et copyright image

29 mai 2018

Union Européenne : une vision de la démocratie ... en carton-pâte ?

Les instances européennes ont une particularité, elles applaudissent les votes des peuples uniquement s'ils correspondent à la ligne définie par ses dirigeants. Dirigeants qui refusent de se remettre en cause et brocardent tout vote qualifié de populiste si cela devait toucher aux sacro-saints déficits publics. 


L'Europe ne fait plus rêver ses citoyens c'est une certitude. Si pendant longtemps le projet européen s'est bâti sur la paix, il n'existe, aujourd'hui, plus d'idéal ni de récit pour le continent. Dans beaucoup de pays membres au nord, à l'est comme au sud, pour des raisons diverses : austérité budgétaire, maintien de modes de vie, entre soi, on assiste à des réactions électorales qui déplaisent souverainement aux autorités européennes.

Tout le monde peut contester les choix politiques des italiens faits lors des dernières élections. Personnellement, l'arrivée de la ligue du nord au gouvernement me pose un gros problème. Néanmoins, n'étant pas citoyen italien, je ne peux que déplorer un choix, même hasardeux, issu des urnes. On peut passer des heures à lire les analyses de spécialistes sur le résultat du vote italien alors que celles-ci se résument à quelques mots : populisme, mise en danger de l'Euro et de la compétitivité européenne et risque financier sur les places boursières.

Des italiens et de leurs aspirations à mieux vivre on n'en saura rien puisque cette Europe ne s'intéresse pas à ce genre de problème. L'Europe, elle, s'intéresse aux déficits budgétaires ! Que la Ligue du nord et que le Mouvement 5 étoiles soient dangereux ou peu sérieux est une certitude mais quels mouvements politiques italiens classiques proposaient autre chose que de continuer la cure austéritaire génératrice de précarité ?

Face au résultat, la seule réponse du Président de la République italienne Sergio Mattarella aura en définitive été de nommer Carlo Cottarelli dont le Figaro dresse le portrait : "... Après six ans passés dans la division chargée du secteur financier et monétaire à la Banque d'Italie, il a été un haut responsable au Fonds monétaire international (FMI) et s'est vu attribuer le surnom de «Monsieur Ciseaux» quand il a été chargé de la révision des dépenses publiques par le gouvernement d'Enrico Letta (centre gauche) en 2013. Le successeur de Letta, Matteo Renzi, l'a ensuite nommé au FMI où il a assumé les fonctions de directeur exécutif pour l'Italie, la Grèce, et Malte ...." Bien entendu, Carlo Cottarelli n'a jamais brigué de mandat électoral, même municipal.

Ce n'est pas la première fois que l'Italie connait ce genre de situation puisque en 2011, elle avait été dirigée par Mario Monti ancien commissaire européen et conseiller de la banque Goldman Sachs. Couvert  de louanges par l'ensemble de chefs d'état et de gouvernement il avait mis en place une violente cure d'austérité qui s'était accompagnée d'une profonde récession. Ainsi lorsqu'il crut bon de présenter des listes aux élections générales de 2013, celles-ci reçurent une raclée mémorable

En clair, on s'achemine vers de nouvelles élections qui pourraient bien amplifier le résultat de la Ligue du nord et du Mouvement 5 étoiles. Que fera t-on en ce cas ? On fera revoter les italiens jusqu'à ce qu'ils désignent une formation, quelle que soit son bord, mais qui s'engagera à ne remettra pas en cause les critères de déficit public fixé par l'Union européenne ?

Il n'y a plus que quelques eurobéats et les instances européennes pour croire qu'il suffit de montrer du doigt les "populistes" pour donner envie aux citoyens des 27 nations de voter pour ceux qui proposent de continuer à maintenir sous pression les peuples de l'Europe pour toujours plus de compétitivité, des salaires plus bas et une solidarité aux abonnés absents. C'est malheureux à dire mais face à un tel projet, le nombre d'électeurs populistes ne peut qu'augmenter !

Les dirigeants de l'Union européenne sont devenu les gestionnaires d'une monnaie et d'une économie de rentiers. Et lorsqu'on demande si les colossaux efforts demandés aux européens vont enfin leur permettre de voir leur situation s'améliorer, la commission européenne répond : "L’expansion devrait se poursuivre malgré l’apparition de nouveaux risques" Traduction, pas question de desserrer les cordons de la bourse. Jusqu'à quand ? Nul ne le sait !

L'affaire italienne est un symbole car elle envoie un message à tous les citoyens européens : votez, mais uniquement pour des candidats ou des formations ne remettant pas en cause les choix et les objectifs définis par la Commission européenne et les chefs d'état et de gouvernement qui y adhèrent. 

l'Europe qui refuse de se réformer car, il faudrait remettre en cause les traités, est en train de faire émerger des mouvements politiques toujours plus extrêmes. Le vote italien aurait pu être pour les dirigeants de l'Union l'occasion de s'interroger sur son inaction face aux problèmes et droits sociaux, sur l'avenir des jeunes générations, sur son empathie pour tous les lobbies industriels et sa politique de libre échange qui ressemble à une passoire.

Malheureusement, Il n'en sera rien car, à Bruxelles on doit se dire qu'en fin de compte, faire voter les peuples c'est vraiment une perte de temps alors que les solutions reposent, en fin de compte, sur les fines analyses et très beaux graphiques produits quotidiennement par les spécialistes maison. La suite dans les urnes des prochaines élections européennes ... 


Dernière minute : Alors que je rédigeai ce billet on apprenait que Günther Oettinger commissaire européen au Budget, dans une interview avait déclaré que : "les marchés financier allaient "apprendre aux Italiens comment voter". Même si  Jean-Claude Juncker a affirmé mardi 29 mai que les marchés financiers ne sauraient dicter le vote des Italiens, désavouant des propos attribués au commissaire au Budget, le mal est fait. Décidément, mon titre évoquant la vision de carton-pâte de la démocratie par ces gens est  plus que largement justifié !


Crédit et copyright image

16 mai 2018

Salariés du privé et de la fonction publique : la précarité généralisée En Marche ?

Fidèle aux propos et la pensée de son mentor Jacques Attali, le Président de la République semble bien décidé à installer l'ensemble des salariés dans la même galère. Celle de l'incertitude et du précariat.

Petit retour en arrière. En 2015, Jacques Attali invité du "Club de la presse" d'Europe 1 estimait que nous allions vers une "uberisation" générale du travail et proposait d'appliquer le régime des intermittents du spectacle à tous les travailleurs. Cette idée de "génie" était brocardée par Marianne qui écrivait : "Aux yeux d’Attali, une société basée sur un tel système « ne [serait] pas précaire, dans la mesure où chacun pourra réaliser son talent. » Et tant pis pour les moins inspirés : « Evidemment, pour ceux qui n'auront pas de talent, ce sera plus difficile » concède-t-il ..." Déja les prémices de la "Startup Nation" !
 

 Il est vrai qu'ils sont nombreux les "spécialistes" du monde du travail à proposer de partager entre les "insiders" et les "outsiders" afin que chacun d'eux aient droit à leur tour au joies du salariat et ... du chômage. Cette "théorie" s'appuie sur l'expérience de la "flexisécurité" danoise. A l'origine, on facilitait les licenciements mais on faisait bénéficier les salariés d'une forte prise en charge et d'une indemnisation généreuse. Or, nul n'a entendu ces mêmes spécialistes nous expliquer que depuis la crise de 2008 la sécurité a été ébranlée mais que la flexibilité a été conservée comme le décrit l'IRES.

En France, l'ensemble des responsables économiques et une bonne partie des responsables politiques français se sont rués surtout sur le concept de flexibilité. Ce qui faisait dire à Eric Heyer de l'OFCE : "une politique de flexibilisation, pourquoi pas, si elle s'accompagne en même temps d'une politique de sécurisation des salariés qui n'existe pas dans le schéma proposé par les ordonnances"  En clair, il est plus facile de perdre son emploi sans pour autant bénéficier d'un véritable filet de sécurité.

En lieu et place nous avons droit à un projet de loi «pour la liberté de choisir son avenir professionnel» dont les points les plus importants sont la formation et l'assurance chômage. Si pour la CFE-CGC, il y a une certitude : "cela prendra du temps - entre 5 et 10 ans - afin de voir les effets positifs de cette loi". Nous émettons des doutes sur l'employabilité des plus de 50 ans même formés mais partageons la crainte de la CFE CGC sur la partie assurance chômage : "...ce projet met en place des mécanismes qui, outre le financement, permettent la modification des paramètres au bon vouloir de l’exécutif. C’est-à-dire avec le risque que le régime d’assurance chômage serve de variable d’ajustement dans le cadre d’une politique globale"

Donc, "ça c'est fait" comme dirait notre Président. Maintenant, aux salariés de la fonction publique ? Libération nous apprend que le gouvernement au travers du «Comité action publique 2022» (CAP22) pourrait envisager : "...de généraliser la possibilité de recourir à des contractuels dans la fonction publique ..."

C'est quoi CAP22 ?

"...Ce panel de 34 personnalités qualifiées, installé en octobre dernier, a été chargé par le gouvernement de plancher sur la réforme de l’Etat, des collectivités et de la Sécurité sociale. Issus du privé, du public et du monde associatif, ses membres se sont vus donner «carte blanche» par Edouard Philippe : un encouragement reçu cinq sur cinq par les experts, qui doivent rendre prochainement leur rapport au Premier ministre" Nous dit Libération

Et Libération d'ajouter : "le gouvernement souhaite élargir la possibilité pour les administrations de recourir à des agents non titulaires, qui n’ont pas le statut de fonctionnaire, pour des métiers «n’ayant pas une spécificité propre au service public» ... Objectif : «Accorder plus de souplesse et de liberté aux employeurs publics pour recruter leurs équipes en leur permettant de recourir davantage au contrat», indique Bercy. Fin 2016, la fonction publique comptait déjà, selon l’Insee, 940 200 non titulaires (en particulier dans le secteur scolaire ou de la santé) sur 5,7 millions d’agents publics, soit 16,5% de «contractuels"

Concernant la proposition phare de CAP22 qui selon Libération serait : "Des profs avec un CDD de cinq ans, des policiers embauchés pour seulement dix ans, des agents territoriaux en contrats de deux ou trois ans renouvelables"  Néanmoins, Libération ajoute : "Une source bien informée s’attend d’ailleurs à ce que le gouvernement écarte l’idée… pour mieux promouvoir une simple «extension» du recours au contrat, comme souhaité par l’exécutif"

Fuite d'information organisée par le gouvernement pour tester l'effet que produiront ces annonces sur les syndicats de la fonction publique ? Probable. Néanmoins, nous sommes moins optimistes que la source de Libération. Il n'y a qu'à voir de quelle façon le Premier Ministre refuse de revenir sur la fin du statut des futurs recrutement à la SNCF pour comprendre qu'on va essayer de rapprocher la situation des salariés de la fonction publique de celle du privé. En résumé faire assurer le service public par des salariés fragilisés mais à qui on demandera le maximum sans aucune garantie d'avenir !

Et après direz-vous ?

Hé bien, tous ces salariés pourront se voir appliquer le contenu des ordonnances liées au code du travail avec, au menu : plafonnement des indemnités prud'homales en cas de licenciement abusif, rupture conventionnelle collective, nouvelles règles de licenciement économique, référendum d'entreprise et  CDI de chantier. Mesures hautement anxiogènes pour les salariés qui n'ont d'ailleurs pas eu les effets promis sur le chômage. 

Si le gouvernement, ses experts et les organisations patronales nous assurent qu'avec une croissance retrouvée, ces mesures vont lever la "peur de l'embauche", nous ne sommes absolument pas à l'abri d'un retournement économique mondial qui laisserait des millions de salariés dans la pire des précarités. Car, ne nous voilons pas la face, en cas de nouvelle crise, il ne sera pas question de remettre en place les protections perdues. 

Alors, accepterez vous cette précarité généralisée qui voudrait se mettre En Marche ?
 

Crédit image

15 mai 2018

Montée des populismes : pour le Medef, un simple manque de pédagogie patronale !


Selon Geoffroy Roux de Bézieux du Medef, la montée des populismes en Europe serait due à un déficit de pédagogie de l'économie de marché mal expliquée par les acteurs économiques. Un peu simpliste non ? 

Geoffroy Roux de Bézieux qui rêve de succéder à Pierre Gattaz était interviewé par le journal Les Echos. Outre les sujets habituels : Que ferez-vous si vous êtes élu ? quelle participations des salariés dans les entreprises et le numérique, les journalistes lui ont posé la question suivante : Y a-t-il une responsabilité des acteurs économiques dans la montée des populismes en Europe ?



Roux de Bézieux : "Oui, bien sûr qu'il y a une responsabilité des acteurs économiques, au moins à deux titres. D'abord, nous n'avons pas réussi à faire suffisamment de pédagogie de l'économie de marché. Il faut expliquer comment fonctionne l'entreprise. Ensuite, et cela rejoint la question des territoires, notre croissance doit être plus inclusive. Il faut embarquer toute la cordée, pour reprendre une expression présidentielle, et pas seulement les premiers de cordée. Le repli national que prônent les populistes n'est pas la solution, c'est certain, mais encore faut-il en convaincre les Français"

Mais où était Geoffroy Roux de Bézieux pendant les 5 dernières années ?

Hé bien, il était vice-président du Medef. Il est  donc coresponsable de la pédagogie distillée par son Président parfaitement résumée par Michel Offerlé dans le Monde: "Les années Gattaz n’auront pas renouvelé le Medef. Il porte la marque d’une représentation de l’économie française quelque peu obsolète ... Il avait souhaité être en 2013 à la tête d’un « Medef de combat », débarrassé de « l’hydre du social » pesant sur les agendas médéfiens ... Pierre Gattaz n’a cessé d’alterner satisfecit et dénonciations vigoureuses, voire provocations ..." 

Nous pouvons aussi lui ajouter la palme d'or dans son rôle de martyr perpétuel. Martyr qui reconnaissait du bout des lèvres en mai 2017 : "Je pense sincèrement qu'on a réussi de belles choses avec des baisses d'impôts, de taxes, avec le pacte de responsabilité et le CICE qui ont vraiment donné des marges aux entreprises". Sans oublier, bien entendu, le pins 1 Million Emplois qu'il a d'ailleurs assez vite retiré du revers de sa veste. 

Geoffroy Roux de Bézieux alors candidat contre Pierre Gattaz à la présidence du Medef, proposait la pédagogie suivante : "il pense qu’il faut porter le fer sur le coût du travail, réformer drastiquement l’assurance-chômage, travailler nettement plus longtemps avant de partir à la retraite, négocier plus de choses au niveau de l’entreprise, à commencer par la durée du travail"

Donc, le succès du populisme serait la conséquence d'une incompréhension économique ? Mais pas la mondialisation "heureuse" et ses coups de boutoirs que le Medef s'est évertué à vendre aux salariés.

Il est dommage que Geoffroy Roux de Bézieux ne se soit pas déplacé pour faire de la pédagogie dans les usines fermées pour des raisons d'optimisation fiscale et de bas salaires. Tout comme il est dommage qu'il n'ait pas trouvé le temps nécessaire pour venir expliquer aux chômeurs seniors comment ils vont s'en sortir lorsqu'ils seront en fin de droits. Et enfin, dommage qu'il n'ait pas trouvé quelques minutes pour rencontrer ceux qui à qui ont impose la profusion de CDD de courte durée. Mieux encore, nous ne doutons pas qu'il aurait trouvé des arguments "déterminants" auprès de ceux qui dans les quartiers attendent la "croissance inclusive" mais qui après des milliers de CV ne reçoivent aucune réponse des entreprises sollicités.

Oui, mais notre homme qui s'affirme comme profondément libéral pensait certainement en répondant aux Echos qu'il suffisait d'un constat succinct pour expliquer un vote extrême. Quant à : "embarquer toute la cordée, pour reprendre une expression présidentielle, et pas seulement les premiers de cordée" On ne saura pas dans l'interview qui prendra en charge le problème ni dans quelles conditions.

Le vote populiste monsieur Roux de Bézieux ne se nourrit pas, dans certaines régions d'incompétence en économie de marché mais de désespoir ou de colère. Colère entretenue, entre autre, par les versements colossaux aux actionnaires du CAC40, des montants
faramineux de certains salaires de managers, même peu efficaces sauf en licenciements et de l'accroissement des inégalités en termes d'emploi.

Ce vote est aussi la conséquence d'un discours anxiogène tenu depuis des années par votre organisation qui consiste à expliquer qu'il faut plus de flexibilité, voir imposer, des mini jobs, sommet de la précarité, comme vous le proposiez en 2013, pouvoir licencier plus vite et moins cher, être mobile au point d'aller chercher un CDD à 400 kilomètres de chez soi, instituer un contrôle quotidien cher à Pierre Gattaz des chômeurs et forcément travailler plus longtemps alors qu' 55 ans trouver un job est quasi impossible. 

Vous faut-il plus de raisons pour que de nombreux français veuillent retourner la table quel qu’en soient les risques.

On est bien loin de votre "pédagogie" qu'on pourrait qualifier de bazar tant elle est sommaire. Mais après tout, la question des Echos vous intéressait-elle vraiment ? Non, car ce qui vous intéresse c'est de diriger le Medef pour continuer à faire : "baisser le poids des prélèvements obligatoires avec deux priorités, les impôts de production et la fin des asymétries fiscales, normatives et réglementaires qui existent, au moins en Europe..." Dans la mesure où l'Europe prendra tout son temps pour bouger, on comprend que votre combat sera surtout axé sur les baisses françaises. Baisses qui devront être compensées par des coupes budgétaires de l'état qui viendront une fois de plus frapper les plus en difficulté.

Belle démonstration que votre pédagogie de l'économie de marché remède aux populismes ...