24 octobre 2008

La situation du groupe Wendel est-elle ... Aberrante ?

Aberrantes (ou aberration) ... Vous vous souvenez, c'était le mot "clé" du MEDEF d'Ernest Antoine Sellières pour fustiger les 35H00. Nous lui posons à notre tour la question sur la décision de Standard & Poor’s le concernant.

Résumé de la journée boursière du 24/10/08

Les Bourses à travers le monde ont connu vendredi une nouvelle journée noire, les derniers indicateurs économiques et la baisse des prévisions de bénéfices de plusieurs grandes entreprises renforçant l'idée que la crise financière se transforme en récession généralisée.

Qui dans le camps de ceux de la dérégulation générale et de la liberté totale des marché en 2007 aurait pu même l'imaginer ?

D'ailleurs, qui écrivait en fin 2007 le communiqué suivant sur son site ?

Confiants dans les perspectives de croissance de Bureau Veritas, nous avons pris l’initiative de l’introduire en Bourse afin d’en poursuivre et accélérer la stratégie de croissance. C’est une très belle étape dans le parcours de développement de Bureau Veritas ; il y a une douzaine d’années, lorsque Wendel en est devenue actionnaire, Bureau Veritas était une entreprise d’environ 6 000 personnes. C’est aujourd’hui un des leaders de la certification, composé de plus de 30 000 personnes qui opèrent dans le monde entier. Le marché de la certification et de l’évaluation est en pleine consolidation mondiale et cette mise sur le marché donnera à Bureau Veritas de nouveaux moyens de croissance car le Groupe a pour ambition de doubler de taille à l’horizon des cinq prochaines années. Wendel en est l’actionnaire de contrôle avec 63 % du capital.

Par ailleurs, Wendel a investi dans Saint-Gobain. Constatant fin 2006 que l’investissement dans le secteur non coté auquel elle avait procédé avec succès ces dernières années (Legrand, Bureau Veritas, Editis) offrait temporairement des perspectives moins rentables, Wendel a privilégié, dans la continuité de son métier d’actionnaire professionnel de long terme, l’acquisition d’une position d’actionnaire principal dans une grande société cotée. Notre choix s’est porté sur Saint-Gobain dont chacun connaît la position de leader dans différents secteurs industriels, principalement liés à l’habitat. Nous avons acquis entre septembre 2007 et avril 2008 une position de premier actionnaire avec 21,5 % du capital.

Depuis la fin de l’année 2007, la situation économique aux États-Unis, et dans une moindre mesure en Europe, s’est dégradée en raison de la crise financière née des défauts de paiement des crédits immobiliers américains. Malgré cet environnement conjoncturel plus difficile, Wendel estime que Saint-Gobain, comme Legrand hier, ou Bureau Veritas il y a douze ans, recèle d’importants potentiels de développement, notamment dans les pays émergents et dans le segment des produits liés aux économies d’énergie dans l’habitat. Conformément à notre rôle d’actionnaire industriel, notre objectif est de contribuer à aider la Direction générale de Saint-Gobain à réaliser son plan stratégique et amplifier ses potentiels, afin d’accélérer la croissance et la rentabilité du Groupe à moyen terme. À cet égard, l’accord de gouvernance conclu avec le Conseil d’administration de Saint-Gobain, quelques mois après notre entrée dans le capital, reconnaît le rôle de Wendel dans la stratégie et la recherche de potentiels d’amélioration, ainsi que le plein exercice de sa position d’actionnaire principal. Il a défini les conditions dans lesquelles l’influence durable de Wendel s’établira. Wendel est persuadée que son investissement dans Saint-Gobain contribuera très positivement à ses résultats et à sa création de valeur sur le long terme.

Le bureau des directeurs du Groupe Wendel holding dirigée par Ernest Antoine SELLIERES l'actuel président de Business Europe (lobby patronal européen) sur leur site Web

Et que pouvait-on lire dans la presse économique ces derniers jours au sujet du titre Wendel ?

La détérioration du système financier international a créé un climat d’incertitude entraînant une baisse généralisée des marchés actions à laquelle Wendel n’a pas échappé. Dans cet environnement plus difficile, notre Groupe trouve dans la diversification et la qualité de ses fi liales et participations, dans la compétence et l’engagement de ses équipes, et dans l’appui de son actionnariat, notamment familial, toutes les raisons d’être confi ant dans sa réussite.

Standard & Poor’s a dégradé la note long terme du groupe Wendel de BBB- à BB+, la ramenant ainsi en catégorie spéculative. Elle a par ailleurs placé cette note sous surveillance avec implication négative, ce qui pourrait conduire à une nouvelle dégradation. La note court terme a, parallèlement, été ramenée de A-3 à B.

S&P justifie cette décision par « la baisse continue des marchés actions et l’impact défavorable immédiat sur le ratio « loan-to-value » de Wendel, sur la base des valorisations instantanées ». L’analyste précise que le climat actuel sur les marchés a « dégradé le profil financier de la société au-delà de ce qui est tolérable pour une notation en catégorie d’investissement ». Il reconnaît que la situation de liquidité de Wendel reste forte, grâce à une maturité moyenne de la dette élevée et à une trésorerie importante Source Investir

... / ... La sanction de S&P, basée sur l’évolution instantanée des cours boursiers, ne tient pas compte, selon Wendel, de son caractère d’investisseur industriel de long terme. Aussi n’a-t-elle «pas de conséquence sur le modèle opérationnel et financier de Wendel, aucune incidence sur ses financements actuels, sur leurs coûts ou sur leurs échéances dont les principales s’échelonnent entre 2011 et 2017».

S&P dit, quoi qu’il en soit, attendre de Wandel des mesures susceptibles d’abaisser son ratio LTV. Encore cela pourrait-il ne pas tout à fait prévenir une nouvelle dégradation, si les marchés actions poursuivent leur déclin. S&P assure devoir sévir à nouveau si le ratio LTV se maintient au-delà de 40 %. Il est aujourd’hui supérieur à 50 %.

S&P invite clairement Wendel à adopter une stratégie d’investissement plus prudente, trois lignes du portefeuille ( Saint-Gobain, Bureau Veritas, Legrand) composant aujourd’hui 81 %, selon l’agence, de la valeur des actifs (6,8 milliards d’euros). Mais la société d’investissement ne semble pas encore disposée à changer de cap, en cédant des actifs par exemple, pour le bénéfice d’une notation préservée.


Quant au financement de la position acquise au capital de Saint-Gobain, Wendel ne souhaite pas pour l’heure faire de point d’étape. Lors de la publication des résultats semestriels en août, le groupe avait annoncé le nantissement de 400 millions d’euros pour les appels de marge au bénéfice des banques prêteuses. Le scénario extrême d’une valorisation nulle des titres correspondrait à un coût additionnel de 1,3 milliard. Depuis lors, l’action Saint-Gobain a abandonné plus du tiers de sa valeur, S&P s’attendant à ce que Wendel conserve une position de trésorerie «adéquate» pour répondre aux effets d’une baisse plus significative encore. Source l'AGEFI

Invité du Grand Jury RTL, il continuait pourtant à donner de nombreux conseils

Invité de l'émission « Le Grand Jury » RTL-Le Figaro-LCI, Ernest-Antoine Seillière, président de l'organisation patronale européenne Business Europe, s'est clairement déclaré pour un renforcement de la réglementation des marchés financiers qui doivent être « tout sauf la jungle ».

Face à la crise qui secoue l'économie mondiale, l'ancien président du Medef estime que « ceux qui pensent que l'État et le marché sont en conflit sont décalés » et qu'aujourd'hui le mot « règlement n'est pas contraire au libéralisme ». Ernest-Antoine Seillière, qui se félicite de la manière dont les États-Unis ont choisi de prendre la crise à bras-le-corps « avec un Congrès qui suit l'exécutif et donne un bel exemple de démocratie »,

" ... / ... Quant à la crise elle-même, le patron de Business Europe estime qu'il faut maintenant « chercher des solutions, pas des responsables ». Et s'il critique le rôle quelquefois discutable des agences de notation financière, qui ne doivent cependant pas être nationalisées comme certains le suggèrent, il considère qu'il faut maintenir la séparation entre les banques d'affaires et les banques de dépôt qui "minimisent les risques" ... / ...

Imparable comme d'habitude. Il est tout à fait certain que le mélange des genres ne posait jusqu'à présent aucun cas de conscience à monsieur Sellières.

Nous aimerions lui rappeler ses très nombreuses déclarations depuis l'époque où il fut élu à à la tête du CNPF puis du MEDEF ainsi que celles de son célèbre bras droit Denis Kessler sur l'Etat "assassin", et la confiance qu'on doit donner aux acteurs économiques

Un peu d'histoire : Comment s'est constitué le fameux groupe Wendel ?

Les Echos n° 17544 du 16 Decembre 1997

A l'époque, l'acier se meurt en Lorraine, et Raymond Barre éponge les dettes du groupe en nationalisant de fait Sacilor et compagnie.

Merci monsieur Barre !!!

La famille récupère, sous l'autorité de Pierre Celier un holding souffreteux, constitué de bric et de broc, où EAS s'improvise jardinier, élague ici, greffe là, sort une PME du périmètre, conforte une autre au coeur du dispositif. Traumatisé par le cataclysme sidérurgique, il a pour objectif de se diversifier au plus loin des hauts-fourneaux. Il débusque les canards amortis et déniche les oiseaux prometteurs. Dix ans numéro deux, puis dix ans numéro un de cette Compagnie Générale d'Industrie et de Participations (CGIP), il agit, explique-t-il, « en actionnaire-entrepreneur, pour constituer sur le long terme des leaders mondiaux ou européens » ... / ...

Son accession à la tête du CNPF

... / ... Il continuera d'ailleurs à parler d'autant plus haut et fort qu'il ne reconnaît au CNPF « strictement aucun pouvoir, si ce n'est celui d'influence ». « Les entrepreneurs et leurs organisations, dit-il, n'ont qu'une petite épée de bois entre les mains, face aux capacités de contraintes de l'Etat et aux possibilités de blocages (des routes et des services publics) des syndicats...

Le CNPF ne dispose de rien d'autre que d'un pouvoir de conviction. » Ainsi, annonce EAS, mettra-t-il le paquet sur le lobbying _ pour sensibiliser l'opinion à l'esprit d'entreprise et peser sur les pouvoirs publics _ et prendra-t-il ses distances avec la négociation et le paritarisme. Le dialogue social, pour lui, n'a de sens qu'au niveau des branches et des entreprises. La cogestion de la protection sociale que là où l'Etat n'édicte pas ses règles et n'impose pas sa tutelle ; c'est-à-dire à l'Unedic, à l'Arrco et à l'Agirc, mais pas aux Caisses d'allocations familiales, vieillesse et maladie ... / ... Archives Les Echos

Quelques déclarations souvenir ...

20/01/2000 - Interview video d'Ernest-Antoine Seillière -TF1
Ernest-Antoine Seillière a accordé le 20 janvier 2000 une interview video diffusée sur le site Web de TF1 et réalisée en partenariat avec Le Point. Il s'exprime en particulier sur la Refondation sociale, sur la décision du MEDEF de sortir du paritarisme actuel au plus tard le 31 décembre 2000, sur la recommandation du MEDEF et de l'AFEP prônant la transparence des rémunérations et des stock-options des dirigeants d'entreprise. Il évoque aussi la nouvelle économie d'Internet : un simple "soufflé" ou une véritable révolution industrielle ? Il explique également sa stratégie pour rénover l'image du MEDEF.

04/12/2000 - Denis Kessler sur France 2 : "faire confiance aux acteurs économiques"
Gestion des risques, assurance, libéralisme, rôle de l'Etat , Europe…autant de sujets évoqués par Denis Kessler au cours de l'émission "L'Entretien" sur France 2, le 4 décembre 2000. A n'en pas douter, pour le vice-président délégué du MEDEF, "le choix d'une économie de marché suppose que l'on fasse confiance aux acteurs économiques pour décider ensemble par le contrat, par la convention". Quant à l'Etat, Denis Kessler a fait un rêve "dans lequel l'Etat assume ses fonctions régaliennes, ses fonctions principales et (…) redonne de l'énergie et de la puissance à la société civile".

25.10.01 – Revendiquant un « droit d’ingérence dans le débat public », Ernest-Antoine SEILLIERE, président du Mouvement des entreprises de France (Medef), principale organisation patronale, signe dans Le Monde un « Point de vue » intitulé : « Faisons-nous entendre pour 2002 ! ». Il entend rompre avec la « tradition » selon laquelle « les entrepreneurs se gardaient d’intervenir dans les débats électoraux » - Source Election 2002

30/04/2002 - Denis Kessler : « les réformes honteuses »
"Pour les décisions difficiles, la France s'en remet de plus en plus à l'Europe", déplore Denis Kessler dans sa chronique mensuelle publiée par l'Expansion. Ainsi, notre pays se présente de plus en plus "non pas comme un passager clandestin" qui compterait sur les efforts des autres pour en retirer un bénéfice sans en supporter les contraintes et les coûts, mais comme un "passager embarqué malgré lui". La libéralisation de certains marchés comme l'énergie "que la France rejette pour elle-même tout en essayant d'en faire profiter EDF à travers toute l'Europe" en est, pour le vice-président délégué du MEDEF "une illustration"

12/09/2002 - EAS - France Info - «L’entreprise est un réducteur d’incertitudes. Elle assure l’emploi de millions de salariés (…) la qualité des produits, l’innovation et l’investissement. La capacité d'adaptation des entreprises, leur volonté, leur dynamisme constituent à l'heure actuelle dans cette incertitude générale, un facteur d'optimisme et de progrès. Nous, les entrepreneurs, nous avons conscience que nous allons rentrer, dans les mois qui viennent, dans une période nouvelle où on reconstruira de la confiance».

2005 - EAS - Déclaration sur le site du MEDEF
.../ ... Le Gouvernement a su conduire ces dernières années la réforme dans les domaines essentiels de la sécurité, de la retraite et de l’assurance maladie. Il était grand temps d’agir pour redonner de la liberté au temps de travail qui est au cœur de la compétitivité, de l’emploi et de la croissance dans notre pays.

Le Gouvernement a décidé de s’attaquer à l’exception française des 35 heures. Il a choisi de le faire au moment où l’Europe aborde une nouvelle phase de sa construction. Il va être possible de travailler plus pour gagner plus. Les salariés et les entreprises en bénéficieront. Ce sera plus de pouvoir d’achat, plus d’emploi et plus de croissance.

Le MEDEF examinera en Conseil Exécutif dès lundi prochain le détail des dispositions annoncées et je ferai connaître ses réactions en conférence de presse mardi. J’aborderai la réforme des 35 heures et les autres sujets traités par le Premier Ministre au cours de son intervention notamment les réformes annoncées de l’école, la recherche et de l’intéressement qui devraient contribuer à la modernisation de notre société." Source MEDEF

Bref, le moral n'est plus vraiment là et le côté volontiers "canaille" des plaisanteries du Baron ne transparaît plus, au point qu'il est en mesure de déclarer : "tout sauf la jungle".

Le libéralisme est-il en train de perdre (provisoirement) un de ses meilleurs généraux ?

Ce sont malheureusement les salariés des entreprises du portefeuille Wendel qui risquent d'être les premiers à en payer le prix.

Aberration que tout cela ...


2 commentaires:

peuples a dit…

c'est presque émouvant

stef a dit…

Pour sûr que tout cela est aberrant... Crise du capitalisme ou du libéralisme, toujours est il que ces entreprises qui se portaient bien avant leur entrée en bourse, ont choisi de faire appel à des capitaux virtuels au lieu de miser sur des perspectives de croissance basées sur des bénéfices réels... Tout cela est navrant, dommage que cela soit les salariés qui en payent le prix...