30 juillet 2013

« 35 projets » de Fillon : Un sommet de banalités et de cadeaux ... au Medef !

Rendu peu audible par le retour annoncé de Nicolas Sarkozy, François Fillon nous livre ses « 35 projets » dont la platitude peine à cacher la montagne de cadeaux offerte aux organisations patronales au cas où il deviendrait Président de la République. Revue de détail.

 

A part ses fans et ses adversaires de l'UMP, peu de gens visitent le site Force Républicaine de François Fillon. Il faut dire que depuis sa mise en place, on pouvait y lire des choses aussi intéressantes que les objectifs qui se résument à :

« Rassembler les Français et aller à la rencontre de tous ceux qui désespèrent de la République et cherchent de nouvelles raisons de s’engager
Fédérer des milliers d’adhérents de toutes professions et de toutes sensibilités pour amplifier notre action
S'engager la reconquête des territoires, avec l’UMP, dès 2014
»

Ou bien découvrir la page de dons destinée à remplir les caisses du micro parti de l'ancien premier ministre devenu au passage, conférencier via sa société « 2F Conseil » pour la modique somme de 30.000 à 50.000 euros. Que voulez-vous, préparer une primaire coûte cher ...

Néanmoins, si figurait dans les objectifs : « Présenter un projet percutant pour la France dès 2016 pour battre la majorité actuelle », on était jusque là bien en peine de trouver la trace d'un projet même anodin. Or, depuis très peu, c'est chose faite, au travers de la mise en ligne de « 35 propositions pour la France » sorte pré programme présidentiel qu'on ne peut pas vraiment qualifier de percutant.
Afin de donner un petit côté démocratique à l'exercice, les internautes peuvent voter pour ou contre chacune d'elles. Sauf que tout le monde sait que ce ne sont que des perfusés qui viennent docilement valider les projets du chef.

Sinon quelles sont les propositions ou projets de l'homme qui se verrait bien à l'Elysée en 2017 ?

Des propositions qui sont des quasi copié/collé des propos du gouvernement actuel

« L’innovation est la clé la croissance et de notre compétitivité. Innover, c’est développer les nouvelles technologies et les nouveaux produits qui assurent des marchés pour nos entreprises; c’est retrouver notre capacité d’exporter.  Je propose de renforcer les investissements d’avenir en concentrant nos efforts sur les secteurs stratégiques qui feront les ruptures de demain : transports du futur, biotechnologies, robots, économies d’énergie, réseaux d’information à très haut débit… Ces investissements d’avenir doivent être articulés avec ceux de nos partenaires européens afin de faire de l’Europe la première place de l’innovation dans le monde »

Des banalités sur l'Europe dont certaines ressemblent à des « YAKA » que François Fillon sait par avance inapplicables.

« Défendre la souveraineté nationale, c’est défendre l’Europe. Etre patriote, c’est voir dans l’Union européenne la seule réponse possible à l’émergence des nouvelles puissances et à l’instabilité du monde. Avec 28 membres, l’Europe doit être conçue sur un fonctionnement à géométrie variable autour de quatre cercles : le moteur franco-allemand, la zone euro, l’Union européenne, les partenaires de l’Union. Au cœur de l'Europe, je propose la création d’un noyau dur autour de la France et de l'Allemagne qui doivent faire converger leurs économies et leurs fiscalités (...) L’Union européenne doit être une place Forte qui sache mieux défendre ses intérêts et protéger ses frontières. Elle doit rester ouverte sur le monde, mais sur la base du donnant-donnant, face à des grands concurrents qui se protègent plus que nous. Je propose l’instauration de règles strictes de réciprocité dans les échanges internationaux, notamment les marchés publics (...) »

Nous vous laissons découvrir les autres, à l'exception toutefois de celles qui devraient réjouir les salariés français. Nous nous sommes amusés à les comparer à celles de Pierre Gattaz, le nouveau Président du Medef. En route pour le « jeu des ressemblances »

Encore une petite banalité pour commencer : « (...) Plongé dans la récession, la priorité des priorités est de créer les conditions de la croissance. Notre pays peut se redresser en travaillant plus, en innovant plus, en se réformant (...) » puis les choses sérieuses commencent

François Fillon : « (...)  je propose la suppression de la durée légale du travail, fixée à 35h, et la capacité donnée aux entreprises et aux salariés de négocier sur le terrain le temps de travail et son organisation »

Pierre Gattaz (Medef) : « (...) Les 35 heures font partie de ces dogmes qu'il faut revoir avec les partenaires sociaux. Le mieux c'est de le faire dans l'entreprise (...)  Le Monde

François Fillon : « (...) Notre coût du travail est supérieur à la moyenne européenne. Le poids des charges vampirise les marges d’investissement de nos entreprises. Je propose une baisse du cout du travail de 6% financée par une hausse de la TVA (...) »

Pierre Gattaz : « (...) Nous sommes aujourd’hui sur un niveau de coût du travail extrêmement élevé et nous demandons un transfert de 50 milliards de charges vers une fiscalité de type TVA et CSG » Medef

François Fillon : « (...) Notre code du travail est l’un des plus étouffants des pays industrialisés. Il dissuade les embauches et paralyse les entrepreneurs. Aujourd’hui le passage de 49 à 50 salariés entraine l’application de 34 législations et réglementations supplémentaires et son montant représente environ 4% de la masse salariale. Je propose que les seuils réglementaires qui régissent la vie des PME soient relevés de 50%

Pierre Gattaz : « (...) Ce que nous souhaitons au Medef ce serait de baisser de 3 à 5% par an le Code du travail, l'ensemble des 85 codes qui régissent la France. Aujourd'hui, nous sommes dans une inflation de codes, de normes, de règlements. A chaque fois quelles sont les victimes ? Ce sont les entreprises. Et quelle est la victime ultime ? C'est l'emploi (...) » Europe1

Quant au relèvement des seuils sociaux, c'est ne n'est,nous apprenait Le Monde en 2008 une nouveauté puisque : « (...) Déjà, en 2003, une proposition de loi signée par une centaine de députés de l'UMP suggérait d'assouplir la législation en dispensant de leurs obligations réglementaires, pendant cinq ans, les entreprises dont les effectifs ne dépasseraient pas de moitié les seuils sociaux de 10, 20 ou 50 salariés.(...) » On pourra d'ailleurs s'étonner que François Fillon qui préconnise cette mesure n'ait pas profité de la période 2007 à 2012 pour l'imposer. 

François Fillon : « (...) Je propose de réformer la formation professionnelle en remplaçant l’indemnisation du chômage par l’indemnisation de la formation. Ce droit à la formation serait encadré par deux contraintes : la dégressivité des allocations chômage pour inciter à la reprise d’activité et l’obligation d’accepter un emploi correspondant à la formation suivi.

Notre marché de l’emploi est trop cloisonné. Je propose la création d’un nouveau  contrat de travail alliant flexibilité et sécurité qui évite les effets de rupture entre CDD et CDI
(...) »

Quelle audace, lorsqu'on sait que les résultats du gouvernement Fillon sur le sujet. En effet, écrivait le site Juritravail, citant les chiffres de la Dares : « (...) Fin mai 2012 (...) Les catégories A, B et C totalisent 4.347.100 demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi, 4.621.000 en incluant les DOM (...) Dans les catégories D et E, 612.900 demandeurs d’emploi sont inscrits à Pôle emploi (...) » Et ça donne des conseils ?

Au fait que dit le Medef au sujet des allocations chômage ? : « (...) les employeurs veulent (...) revisiter en profondeur les conditions d'indemnisation, notamment en rétablissant une dégressivité des allocations pour inciter les chômeurs à reprendre plus rapidement un emploi (...) » Pierre Gattaz étant lui partisan de : (...)  limiter à 2000 euros le montant des allocations mensuelles et à un an la période totale d'indemnisation (...) »

Quant au contrat de travail alliant « flexibilité et sécurité » ce n'est ni plus ni moins que le serpent de mer du contrat de travail unique à droits progressifs. Rappelons qu'il faisait partie des engagements du candidat Sarkozy dont François Fillon était parfaitement au courant et qu'ils se sont dépêchés tous d'eux d'oublier pendant 5 ans !

François Fillon : « (...) Grâce aux réformes, le crash financier de notre régime par répartition a été évité (...) Je propose d’augmenter la durée d’activité en jouant à la fois sur une hausse de l’âge légal de départ en retraite qui doit progressivement atteindre 65 ans et une augmentation de la durée de cotisation (...) »

Parlons en des réformes des retraites organisées par François Fillon et son gouvernement ! Celles de 2003 et 2010 ont été tellement mal ficelées qu'il faut en refaire une dare-dare pour tenter d'équilibrer le système en 2020. Néanmoins, une fois de plus, le copié /collé Gattaz et Fillon est étonnant

Pierre Gattaz : « (...) plaide pour une hausse de la durée des cotisations retraite et un report de l’âge légal à 65 ans (...) La Dépêche

Quant à la capitalisation retraite, une fois de plus François Fillon est en osmose avec le patron du Medef

François Fillon : « Pour sécuriser le système par répartition, le développement d’un troisième étage de retraite par capitalisation est nécessaire.(...) »

Pierre Gattaz : « Il convient de développer la retraite par capitalisation de manière complémentaire au "système cœur" par répartition (...) » Politis

En résumé, un programme social et économique rédigé sur mesures, par les spécialistes du Medef ! Certes, 2017 est encore loin, mais en ce qui concerne François Fillon et son programme, les salariés sont d'ores et déjà prévenus !

25 juillet 2013

Retraites : Le Medef se fout de la gueule des salariés

Les dernières propositions du Medef sur la réforme des retraites sont une insulte aux millions de salariés qui font fonctionner au quotidien les entreprises. Mais, monsieur Gattaz et son organisation semblent assez satisfaits de leurs outrances !



La retraite à 70 ans, ça vous tente ? Hé bien c'est l'une des propositions du Medef pour assurer l'avenir des régimes de retraites.

Comment ça ? direz-vous.

Extrait du communiqué publié sur le site officiel du Medef : « (...) Seul un relèvement de l'âge légal de la retraite couplé à un allongement de la durée de cotisation est susceptible de rétablir durablement l'équilibre du système de retraite en respectant une solidarité intergénérationnelle. D'après les estimations du MEDEF, à horizon 2020, une durée de cotisation portée à 43 annuités et un relèvement de l'âge légal à 63 ans seraient un premier pas susceptible d'engager un redressement de la situation. Il est à noter que, même dans ce cas de figure, la France resterait en deçà de l'âge légal effectif dans les autres pays européens (65 ans, voire 67 ans déjà programmés dans plusieurs pays). A défaut d'agir sur l'âge légal, il conviendra que la durée de cotisation augmente très rapidement pour rétablir un équilibre financier, soit 44 annuités en 2020 » 

Faites un rapide calcul. A condition d'avoir une vie professionnelle linéaire : l'âge moyen pour un premier CDI étant de 27 ans + 44 ans de cotisation = 71 ans. Ce qui n'empêche par le Medef d'écrire : « (...) La pérennité de notre système de retraite par répartition est un enjeu majeur pour notre société. Il importe aujourd'hui que nos concitoyens, et notamment les salariés, aient confiance dans le système actuel et futur (...) »

C'est au nom de ce raisonnement que le même Medef écrit plus loin : « (...) La situation économique dégradée des entreprises françaises rend impossible toute solution visant à augmenter les charges qu'elles payent à moins de choisir délibérément d'augmenter le chômage à terme. Rappelons que les entreprises françaises ont un taux de marge de 28 % contre 40 % pour la moyenne européenne : une augmentation de 0,1 % des cotisations sociales des entreprises représente 2 000 à 6 000 postes détruits à court terme (2015) et 6 à 12 000 postes à long terme (5-10 ans) »

En clair, la solidarité ce n'est pas le problème des employeurs mais seulement celui des salariés. Belle mentalité ! Et le Medef d'ajouter : « (...) Il est donc indispensable, pour notre avenir et pour redonner confiance notamment aux salariés, que la réforme annoncée permette d'équilibrer notre régime de manière structurelle, lisible et transparente (...) » d'où le fameux : « (...) il conviendra que la durée de cotisation augmente très rapidement pour rétablir un équilibre financier, soit 44 annuités en 2020 » 

Mais ce n'est pas tout puisque dans ses propositions le Medef n'oublie pas ses adhérents bancassureurs : « (..) il convient de développer la retraite par capitalisation de manière complémentaire au «système cœur» par répartition (...) Dans le même temps, le taux de remplacement est plus bas chez les cadres que chez les non cadres. Encourager un complément de retraite par capitalisation, notamment chez les jeunes cadres, permettrait donc de leur assurer un meilleur taux de remplacement et donnerait une souplesse supplémentaire pour équilibrer le régime général »

Et Pierre Gattaz, de conclure : « Aujourd'hui, les Français sont inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants. L'incertitude qui pèse sur le système de retraite actuel participe à cette inquiétude. Il est de notre devoir et de celui du gouvernement de tenir un discours de vérité et de proposer des réformes courageuses et ambitieuses qui redonnent confiance à nos concitoyens (...) »

Clairement, monsieur Gattaz et son organisation se foutent de la gueule des salariés et semblent assez satisfaits de leurs outrances ! Car l'angoisse c'est le chômage et la peur de ne pas avoir une retraite suffisante pour survivre. Mais « que diable » aurait pu dire Ernest-Antoine Sellières, l'un des prédécesseurs de Pierre Gattaz : On peut être patron et avoir de l'humour !

D'autant que le Medef n'envisage à aucun moment de s'engager sur le maintien dans l'emploi ou l'embauche des salariés ou chômeurs de 55 ans et plus. Rappellons au passage que l'adaptation des postes de travail où la prise en compte de la pénibilité doit être un autre excellent sujet d'amusement au siège du Medef.

En gros le salarié et son « coût » seraient les seuls obstacles à une France plus compétitive. Mais on n'est pas à une insulte près vis à vis de salariés qui se battent pourtant tous les jours pour faire tourner les entreprises de ce pays. Salariés dont on n'hésite pas à se séparer avec l'aide de la rupture conventionnelle (invention du Medef), ce bel outil qui sert essentiellement à faire payer par l'UNEDIC les dernières années des seniors (58-60 ans) avant l'âge de la retraite !

D'après un reportage réalisé par Rue89 chez Radiall l'entreprise de Pierre Gattaz, celui-ci aurait dit à l'un de ses salariés : « la lutte des classes, c’est terminé » et qu'en termes de dialogue social dans cette entreprise : « Les gens peuvent s’exprimer. Mais ça n’est jamais sur des remises en cause profondes. C’est pour dire qu’Untel s’est mal garé sur la place de parking ». Les salariés français sont maintenant prévenus de la façon dont le Medef de monsieur Gattaz va les traiter ! 


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11 juillet 2013

Pénibilité au travail : L'impossible définition ?

Afin d'adoucir l'idée d'une augmentation du nombre d'années de cotisations pour obtenir le droit à la retraite, le gouvernement et la CFDT brandissent la pénibilité au travail pour faire avaler la pilule à des millions de salariés qui risquent de ne pas être concernés.




Les salariés du privé ne se font plus aucune illusion. Il va falloir encore faire des efforts pour pouvoir faire valoir leurs droits à la retraite. Chez beaucoup, la résignation l'emporte. Selon le gouvernement, le COR et surtout la myriade « d'experts » de tous poils, il faut travailler plus longtemps pour pérenniser le système. 

Si pour le gouvernement, il s'agit effectivement de maintenir la répartition, en ce qui concerne nos « experts », il faudrait faire preuve de naïveté pour ne pas avoir compris qu'ils ne sont que des faux nez de la bancassurance qui rêve de mettre en place le pactole de la capitalisation retraite.

Seulement, qui dit allongement de la durée de cotisation, dit maintien dans l'emploi ou embauche des plus de 55 ans. Or, entre les ruptures conventionnelles, outil préféré des patrons pour transférer les salariés âgés à l'UNEDIC, les a priori des employeurs qui les trouvent peu adaptables et ne veulent surtout pas entendre parler ou prendre en charge d'éventuelles pathologies dues aux nombreuses années passées au travail, comment envisager une seconde de demander aux salariés du privé de se maintenir dans l'emploi au delà de 62 ans ?

Ajoutons à cela que les organisations patronales refusent toute notion de quota, ou retour d'une contribution financière en cas de licenciement de salariés seniors, mais exigent que l'âge légal de départ à la retraite soit fixé à 65 ans. Impasse, vous avez dit impasse ?

Nous pensons qu'il aurait été judicieux de mettre les organisations patronales face à leurs contradictions et exiger de réelles contre parties d'emploi pour les salariés les plus âgés et ceux qui le seront un jour. Ce n'est semble t-il pas le choix fait par la CFDT qui a l'oreille du gouvernement, et ressort la pénibilité au travail qui permettrait selon elle de rendre acceptable l'allongement de la durée de cotisation.

En effet,  nous dit l'AFP : « (...) La CFDT en fait une priorité, faisant valoir qu'un ouvrier a une espérance de vie en moyenne inférieure de six ans et quatre mois à celle d'un cadre. Il est juste, dans un système de retraite, de tenir compte à la fois des carrières et des nuisances que l'on subit (...) » Arguments repris par François Hollande qui : « (...) a précisé lors de la conférence sociale qu'il faudrait aussi tenir compte de la pénibilité des tâches (...) »

Mais, au fait, c'est quoi la notion de pénibilité au travail ?

La loi est un peu moins restrictive que les critères évoqués par la CFDT. Elle définit la pénibilité au travail selon les termes suivants : « (...) le fait d’être ou d’avoir été exposé au cours de son parcours professionnel à des risques professionnels liés à des contraintes physiques marquées, à un environnement physique agressif ou à certains rythmes de travail susceptibles de laisser des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé du travailleur (...) »

S'il est incontestable que les ouvriers sont les plus exposés, il serait particulièrement injuste et réducteur de considérer qu'ils représentent la seule population soumise à la notion de pénibilité au travail. Car, ne l'oublions pas, la pénibilité n'est pas uniquement liée à un métier particulier mais surtout à des conditions de travail. Quid des employés des grandes surfaces, des commerces, des services qui, s'ils ne sont pas soumis à des substances toxiques sont dans bien des cas soumis à des rythmes de travail susceptibles de laisser des traces durables !

Quant aux cadres, il serait temps que la CFDT arrête ses clichés. Tous les cadres ne sont pas des cadres dirigeants ou supérieurs partant se ressourcer tous les ans en thalassothérapie.

Sait-on seulement à la CFDT que le « forfait jours » appliqué à quasiment tous les cadres : « (...) permet de calculer la durée du travail d’un cadre, non pas sur la base d’un nombre d’heures quotidiennes, ou hebdomadaires, mais sur la base d’un nombre de jours sur l’année (...) » d'où des salaires qui rapportés au taux horaire dépassent à peine le SMIC ? On ne saurait trop leur conseiller la visite du site Cadres et forfait jour édité par l' UGICT-CGT qui donne une autre vision des conditions de travail des cadres. 

Pour avoir exercé une grande partie de sa carrière sous statut cadre, votre serviteur a connu nombre d'entreprises où la montre ne sert qu'à indiquer l'heure d'arrivée, où les réunions sont systématiquement programmées à partir de 18H30 ou 19H00 (parce que c'est l'heure où les clients ne nous dérangeront pas ) où on emporte du boulot pendant le week-end parce que le patron a demandé vendredi dans l'après-midi un rapport pour ... le lundi matin, où on ne prend jamais ses RTT parce que justement ça tombe mal et où on se tient à la disposition de la direction pendant les congés d'été (merci le portable et le net) car, c'est bien connu : Le patron ne prend jamais de vacances LUI !

L'auteur de ces lignes a en mémoire un DRH de la grande distribution lui expliquant que le travail d'un chef de rayon doit pouvoir être effectué en 35H00 mais que s'il a besoin de 60 heures ou plus, c'est son problème ... pour le même tarif. 

Basiquement, on pourrait dire que le statut cadre n'impose pas de manutention de charges ou de postures pénibles (parlez-en à des chefs de rayon de la grande distribution), n'impose pas de travail de nuit (parlez-en à ceux qui ont régulièrement un rapport absolument urgent ...) et n'impose pas la manipulation d'agents chimiques ou agressifs, ce qui les mettrait à l'abri de toute notion de pénibilité.  Personnellement nous en doutons !

Mais, l'objet de ce billet n'est pas de faire un concours des pires conditions de travail devant donner lieu pour certains à un départ anticipé quand d'autres pourraient « tenir » jusqu'à 67 ans. Il est seulement de signaler que sur les retraites, la CFDT a d'ores et déja fait ses arbitrages : Pour qu'un petit nombre de salariés, exposé aux pires conditions puisse partir plus tôt à la retraite, il faudra que tous les autres acceptent de prolonger de plusieurs années leur hypothétique vie professionnelle.

En clair certains auront la chance, si l'on peut dire, que leur profession soit inscrite sur la liste officielle donnant droit au nom de la pénibilité de partir plus tôt, les autres moins chanceux attendront.

A notre sens c'est avoir baissé les bras avant de se battre. Mais, la CFDT avait t-elle envie de se battre pour que l'injustice qui frappe les ouvriers ne soit pas uniquement corrigée par une pénalisation de tous les autres salariés ?

Néanmoins, ce raisonnement pourrait être entravé par les organisations patronales qui vont continuer à s'appuyer sur l'accord de prévention de la pénibilité au travail contenu dans la loi du 9 novembre 2010. 

Le Medef n'en a d'ailleurs pas fait mystère puisque, écrivait Le Point : « (...) Dernier point de désaccord, sur la pénibilité cette fois. Pour le Medef, le problème a été réglé par la réforme de 2010 (...) La santé au travail et la gestion des carrières pénibles doivent être totalement dissociées du dossier retraite (...) » 

A rapprocher d'une déclaration de Laurence Parisot que Pierre Gattaz fera certainement sienne : « (...) Laurence Parisot refuse une approche sur la pénibilité qui "équivaudrait à des pré-retraites spécifiques par catégories, par métiers ou par types d'activité". Elle prône une "démarche de prévention et d'amélioration constante des conditions de travail »

Par contre, il ne fait nul doute que les organisations patronales à défaut d'obtenir le report de l'âge légal à 65 ans accepteront l'augmentation du nombre d'annuités que la CFDT semble avoir déjà acté. Et ça, compte tenu de l'état actuel et à venir du marché du travail, c'est déjà une forme de pénibilité à laquelle l'ensemble des salariés aurait aimé échapper ! 

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01 juillet 2013

Cloud working : la nouvelle précarité durable qui guette les salariés !

Mettre des millions de salariés en concurrence entre eux sans avoir à prendre en charge leur protection sociale ou leur retraite. C'est ce qui est de plus en plus tendance chez les employeurs aux Etats Unis, en Allemagne, en Espagne et même en France.


Tout d'abord, un constat publié par Les Echos : « En mai, 26,4 millions d’Européens étaient au chômage ». Et dans la mesure où nul ne sait à quel moment les emplois décents selon les termes de l'Organisation Internationale du Travail, c'est à dire  : « (...) la possibilité d’exercer un travail productif et convenablement rémunéré, assorti de conditions de sécurité sur le lieu de travail et d’une protection sociale pour sa famille (...) » redeviendront la norme, l'idée des emplois précaires et ... durables, fait de plus en plus son chemin.

Le Monde dans son supplément Economie et entreprises nous livre un dossier édifiant de 2 pages : « L'envolée des petits boulots » qui explique bien ce à quoi nombre de salariés ou demandeurs d'emploi risquent d'être exposés.

Extraits : « (...) en Allemagne (...) une forme de travail s'y développe qui pose d'importants défis à la traditionnelle cogestion de ce pays : le "cloud working". Fondé sur la dématérialisation complète des structures et processus de travail, il mobilise le syndicat Verdi. L'organisation qui défend les intérêts des salariés des services craint une dégradation des rémunérations et de la protection sociale. Pour mieux faire comprendre le phénomène, Verdi a créé, début 2012, un dessin animé d'anticipation qui raconte l'histoire de Klaus, informaticien, ex-salarié d'un grand éditeur de logiciels, et "cloud worker" au moment de l'action, en 2020. Il travaille de chez lui, en indépendant, avec son propre matériel. Chaque jour, il se connecte à un kiosque en ligne, où sont publiés des appels d'offres auxquels il doit se porter candidat pour pouvoir gagner sa vie. Ses honoraires, variables, dépendent de sa "e-réputation", autrement dit de la note donnée par ses donneurs d'ordres sur Internet. (...) Mais avec la dégradation récente de sa réputation digitale, il doit travailler dur pour faire face à la concurrence, notamment celle des "cloud workers" des pays émergents, qui pratiquent des prix très compétitifs (...) »

Le Monde présente aussi le programme Liquid lancé en 2012 par IBM : « (...) "Liquid" (comme la fonte des frontières traditionnelles du travail) (...) Le nombre de salariés d'IBM pourrait être réduit à terme de 75 %, passant de 400 000 à 100 000 (...) » Traduction de 01.net : (...) IBM ne conserverait qu’un personnel permanent restreint, tout en faisant appel à une nébuleuse de free lance et d’intérimaires (...) »

Mais, qu'en est-il en France ?

Si la mise en place est plus lente, il faut noter la présence d'un opérateur, Twago : « (...) Profitant déjà d’un énorme succès en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Espagne et en Italie, Twago, leader du cloud working en Europe, est né sur la toile française en décembre dernier » Gunnar Berning, son directeur, expliquait avec la plus grande fierté ses objectifs au site Le Petit Journal : « (...) Nous désirons changer la façon dont les gens travaillent. Par exemple, aux Etats-Unis, 30% de la population active travaille en freelance. L’Europe est malheureusement loin derrière ce chiffre. Twago a pour but d’aider les personnes voulant travailler sur ce modèle de freelance, et d’ainsi permettre à chacun dans la société une meilleure insertion dans le monde du travail (...) »

Une petit visite sur leur site (en français) s'imposait donc, pour comprendre comment Twago compte : « (...) aider les personnes voulant travailler sur ce modèle de freelance (...) » En fait, le site se résume à une plate forme d'appel d'offres essentiellement tournée vers les informaticiens et développeurs Web. On y trouve des missions variant de moins de 800 à 1500 € avec quelques dossiers dépassant les 6000.

En clair, tout bénéf pour les entreprises qui peuvent acheter des prestations aux prix les plus bas à des soutiers de la sous traitance qui pour survivre peuvent être amenés à brader la moindre opération.

C'est d'ailleurs en Allemagne que le système fonctionne le mieux comme l'écrit Le Monde. Ce qui lui vaut en particulier un taux de chômage bas puisque : « (...) le nombre de travailleurs indépendants n'a jamais été aussi élevé (...) et comme ils sont comptabilisés comme des emplois ...

Face à cette généralisation de la précarité sans fin, Etienne Wasmer économiste et professeur à Sciences Po Paris répond que ce n'est pas : « (...) un risque sur le marché du travail si l'on pense qu'il vaut mieux travailler que rester au chômage (...) C'en est un en revanche si celà conduit à une pression à la baisse sur les salaires de CDI. Ce type de dispositif doit être bien articulé avec le reste de la protection sociale (...) »

Dans la mesure où Geoffroy Roux de Bézieux le futur vice Président du Medef, recommandait, il y a peu, la mise en place de mini jobs en France pour réduire le chômage, il y a tout lieu de s'inquiéter, vous ne croyez pas ? 


Sources

27 juin 2013

Laurence Parisot : A moi les bons plans de l'état providence !

Laurence Parisot, la grande pourfendeuse des dépenses publiques vient de rejoindre le Conseil économique social et environnemental où elle touchera 3786,76 euros mensuels issus du budget de l'état. Institution où elle pourra continuer à fustiger le gouvernement et ses dépenses improductives.


Depuis mardi, le Conseil Economique, Social et Environnemental compte un nouveau membre. Il s'agit de Laurence Parisot qui comme l'écrivent Les Echos : « (...) profite d’être encore en poste pour intégrer le Conseil (...) pour un mandat de cinq ans (...) » Elle y retrouvera plusieurs membres du Medef qui siègent déjà dans le groupe des entreprises dont Benoît Roger-Vasselin, l'actuel Président de la Commission Relations du Travail, Emploi et Formation de l'organisation patronale.

Mais au fait, direz-vous c'est quoi, et à quoi ça sert le Conseil Economique, Social et Environnemental ?

C'est une institution consultative : « Représentant les principales activités du pays, le Conseil favorise leur collaboration et assure leur participation à la politique économique, sociale et environnementale de la Nation. Il examine les évolutions en matière économique, sociale ou environnementale et suggère les adaptations qui lui paraissent nécessaires.» 

Oui mais encore ?

Le CESE est composé de 233 membres nommés pour un mandat de cinq ans selon deux modes de désignation. La plupart sont nommés par les organisations qu’ils représentent. Les salariés sont ainsi représentés par 69 membres, choisis par les syndicats eux-mêmes, tandis que le patronat choisit 27 représentants, les artisans 10, etc. Il compte aussi des membres représentant les professions libérales, les agriculteurs, le monde associatif... précise Slate

Autre particularité de l'institution : Etre un point de chute amical pour des amis politiques. Si la nomination de Georgette Lemaire, alors dans la misère, par François Mitterrand avait fait les choux gras de la presse de l'époque, Nicolas Sarkozy fait partie de ceux qui s'en sont le mieux servi. 

Rue89 nous donnait une liste des titulaires de cette « charité » d'un nouveau genre : « (...) deux ont été de proches conseillers de Nicolas Sarkozy (Pierre Charon et Raymond Soubie), dix-neuf ont été candidats (et souvent élus) à des mandats sur des listes de l’UMP ou de partis associés, deux sont impliqués dans de savants jeux de chaises musicales : la conseillère générale des Hauts-de-Seine Danièle Duchaussois a libéré « son » canton pour assurer la réelection d’Isabelle Balkany, le maire de Meudon, Hervé Marseille a démissionné de l’Epad au profit de Jean Sarkozy »

En ce qui concerne ces impétrants, on parle, dans ce cas, de nommés : « au titre des personnalités qualifiées choisies, en raison de leur expérience dans le domaine économique ».

Et que font les membres du Conseil Economique, Social et Environnemental  ?

Public Sénat n'est pas tendre : « (...) Produire des rapports et des avis qui, la plupart du temps, passent complètement inaperçus (...)  La 3ème chambre constitutionnelle, située place d’Iena, n’est souvent qu’un Palais désert (...) »

Et combien ça coûte ?

« Le budget du Conseil économique, social et environnemental est voté chaque année par le Parlement, dans le cadre de la loi de finances, au titre de la mission “Conseil et contrôle de l’État”. En 2011, il représente 37,42 millions d’euros » peut on lire sur le site du Conseil Economique, Social et Environnemental. Quant à la rémunération des membres, elle est assez correcte en ces temps de disette budgétaire, puisqu'elle s'élève à ... 3 786,76€ mensuels.

On pourra s'étonner que notre amie Laurence qui déclarait, il y a encore peu : « Nous avons besoin de faire des économies. La France est addicte à la dépense publique et il faut qu'on sorte de cette logique-là » ne fustige pas le coût exhorbitif d'une institution dont l'utilité reste à prouver. 

Tout comme on pourra également s'étonner que madame Parisot, afin de montrer l'exemple, n'ait pas décidé de siéger bénévolement. Car, avec sa rémunération issue de l'IFOP et ses jetons de présence d'administratrice de société du CAC 40, la logique aurait voulu qu'elle ne touche pas son indemnité de membre afin de ne pas augmenter le déficit de l'état.

Oui, mais l'état providence que Laurence Parisot et le Medef rêvent de démanteler à parfois de bon côtés. Il suffit simplement de connaître ses bons plans ...


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18 juin 2013

Retraites : Le Medef propose de travailler plus ... tout au long de la vie et tout au long de l'année !

Dernière ligne droite pour Laurence Parisot avant de céder son siège de présidente du Medef. En forme de cadeau souvenir aux salariés, elle propose : « d'augmenter notre quantité de travail tout au long de la vie et tout au long de l'année ». Donc, travailler plus, sans la moindre garantie d'avoir le droit, un jour, à une retraite décente.

Dans quelques jours, Laurence Parisot va pouvoir passer plus de temps dans sa maison de Saint Barth et peut être un peu mieux justifier les 22 000 euro mensuels qu'elle se versait en tant que patronne de l'IFOP, en tant que : chargée de la veille stratégique de l'IFOP, le tout pour : « une demi-journée par semaine ». Néanmoins, cela ne semble pas suffisant pour apaiser le dépit qu'elle doit ressentir à l'idée de laisser sa place, alors qu'elle espérait bien rempiler pour un nouveau mandat.

Est ce ce dépit qui l'a poussée à commenter de façon vindicative le rapport de Yannick Moreau sur les retraites qui doit servir de base de négociation aux partenaires sociaux pour la énième « réforme » des retraites ?

Laurence Parisot : « A court terme, les leviers d'action envisagés [dans le rapport Moreau] sont une fois de plus des pistes fiscales, de hausse des cotisations des employeurs et des salariés. C'est inacceptable, inenvisageable, irresponsable. C'est faire comme si personne n'avait entendu parler de la chute de la compétitivité des entreprises françaises, du décrochage de l'économie et de la régression du pouvoir d'achat des salariés ( ...) La piste de l'âge et celle de la durée de cotisation sont considérées marginalement. Notre message sera celui du travail. Nous ne sortirons des difficultés qu'à condition d'augmenter notre quantité de travail tout au long de la vie et tout au long de l'année »

Les chômeurs actuels et futurs, de tous âges apprécieront !

Néanmoins, à y regarder de plus près, on constate que notre amie Laurence mélange allègrement les torchons et les serviettes. En effet, quel est le lien entre la durée légale du travail qu'elle n'a cessé de combattre en réclamant son abrogation, la compétitivité et l'avenir des régimes de retraites ?

Réponse : aucun. Si ce n'est une crise d'hystérie ultra libérale, due probablement à la frustration de ne pas avoir réussi à imposer aux salariés français des semaines de 48H00 payées au tarif de 35, licenciables à volonté et sans recours possible et, surtout, de ne pas avoir apporté aux banques et assureurs adhérents du Medef la rente de la retraite par capitalisation.

Analysons la situation par rapport à cette boulimie d'heures de travail réclamée par madame Parisot

Les carnets de commande des entreprises sont pleins à ce point qu'il soit nécessaire de faire travailler les salariés plus et plus longtemps ?

La réponse est non !

Les entreprises française relocalisent-elles au point qu'elles manquent de salariés ?

La réponse est non !

Les salariés sont-ils responsables d'une situation où les entreprises ont préféré ignorer l'innovation ou s'installer à l'étranger pour des raisons de normes sociales inexistantes ?

La réponse est non !

Les entreprises se battent-elles pour conserver à l'effectif les salariés de plus de 55 ans pour leur savoir-faire ?

La réponse est non !

Les entreprises recrutent-elles des chômeurs de plus de 55 ans ?

La réponse est non !

Dans ces conditions, comment exiger qu'on repousse la date de départ à la retraite. Et surtout pourquoi ?

Tout d'abord, par pure idéologie libérale. Ensuite, et surtout parce que le marché français de la capitalisation retraite est marginal. Il est clair qu'en allongeant et en déplaçant sans fin l'âge de départ à la retraite, les jeunes génération finiront par être demandeuses de plan retraites capitalisation leur permettant, de partir avant d'avoir obtenu le taux plein.

Ce qui, vous diront les économistes proches du patronat, sauvera définitivement notre système de retraites, puisqu'il ne versera quasiment plus que des pensions amputées par le fait que quasiment personne ne sera susceptible de cotiser au delà de 42, 43 ou 44 ans.

Conclusion de cette théorie fumeuse : Une paupérisation des retraités qui n'auront pas pu bénéficier d'un salaire décent pour épargner correctement sur un plan de capitalisation individuel. Or, lorsque l'INSSE indiquait  que :  50% des salariés gagnent moins de 1675 euros, et que les ouvriers sont payés en moyenne 1583 euros, on prend toute la mesure du désastre à venir. D'autant qu'il n'y a aucune raison pour que le loyer, les dépenses de nourriture ou d'habillement, de transports ou de santé diminuent.

Certes mais les banques et les assureurs qui ont tous laissé des plumes dans la crise des subprimes ou la crise des dettes des états ont besoin d'argent frais investi sur le long terme. Et dans la mesure où les plans de capitalisation retraite rendraient captive l'épargne des français sur des durées de 30 à 40 ans, cela représenterait une formidable aubaine et ... de beaux bénéfices pour les actionnaires de ces fonds de pension à la française. 

Alors, madame Parisot, arrêtez de vous servir de la compétitivité et de la régression du pouvoir d'achat pour justifier l'injustifiable en matière de retraites. A cause de la mondialisation, vous savez pertinemment que les emplois ne reviendront pas, à moins bien évidemment, que les salariés français acceptent d'être payés au tarif roumain, chinois ou Bengalis. Vous savez de toute façon que l'informatisation accrue des moyens de production réclamera toujours moins de personnel. Tout comme vous savez que le tout export initié par l'Allemagne prendra fin un jour faute d'acheteurs.

Expliquez plutôt aux salariés français que l'avenir de la retraite par répartition est probablement le cadet de vos soucis et que le rêve, partagé par de nombreux dirigeants de votre organisation patronale, d'éradiquer le programme du Conseil National de la Résistance reste un des objectifs prioritaires. Là au moins, vous serez crédible !

14 juin 2013

Repousser l'âge de la retraite : Que le Medef balaye d'abord devant sa porte !

Le futur patron du Medef demande à ce que soit repoussé l'âge légal de la retraite. Il faudrait tout d'abord que le Medef et ses adhérents s'engagent à changer d'attitude et de méthodes à l'égard des plus de 55 ans !


Ses deux principaux rivaux ayant jeté l'éponge en échange de postes de vice présidents du Medef, c'est donc Pierre Gattaz, qui va présider dans quelques semaines le mouvement patronal. Interrogé sur l'avenir des retraites en France, il a repris le couplet de dame Parisot : Il faut repousser l'âge légal de la retraite. Il en parle dans une interview au Monde

Le Monde : Que préconisez-vous au sujet des retraites ?

Pierre Gattazz : « Le débat doit être dépassionné. Regardons ce que font les autres pays. Nous vivons de plus en plus vieux. Le pourcentage d'actifs par rapport aux retraités ne cesse de baisser. C'est un problème mathématique, pas politique. Sur quels paramètres peut-on jouer ? Les cotisations ? Non, il ne faut pas les relever. Les pensions ? Il ne faut pas les baisser ou alors à la marge, par la désindexation. La durée de cotisation peut en revanche être augmentée en passant de 41 à 43 années à l'horizon 2020. Et il y a l'âge légal de départ à la retraite, qui peut être repoussé . Si on ne règle pas ces problèmes-là, que laisse-t-on aux générations futures ? »

Pourquoi cette subite pudeur, alors qu'il a clairement indiqué à quel âge il devait être repoussé

Il l'a précisé à de nombreuses reprises lors de sa campagne : « On n'accepterait pas d'augmenter encore le poids des cotisations des retraites. Il faudra faire quelque chose, sans doute augmenter l'âge de départ à la retraite, sans doute à 65 ans dans une première étape » comme le rappelle Challenge citant ses déclarations sur Europe1

Nous poserons donc la même question que nous posions au mois de mai à madame Parisot. Comment faites vous pour modifier le taux de seniors dans l'emploi ? compte tenu que : un dossier étude de l'INSEE, en mars 2013 indiquait que : « Le taux d’activité des personnes de plus de 55 ans est particulièrement faible en France, surtout pour les hommes, dont le taux d’activité est l’un des plus bas de l’Union européenne (...)  » Tout en sachant que ce taux est de 19,8% pour ... les 60-64 ans.

Nous y ajouterons quelques questions

Quand le Medef et ses adhérents cesseront-ils d'utiliser la rupture conventionnelle pour se séparer des plus de 55 ans, devenue comme l'expliquait l'Expansion : « Une pratique courante chez les seniors » ?

Quand le Medef obligera t-il les entreprises, quelle que soit leur taille, à mettre en place des solutions efficaces contre les TMS qui touchent en priorité les salariés âgés ?

Quand le Medef obligera t-il ses adhérents à former les 55 ans et plus ? alors qu'on constate que : « Les personnes de plus de 55 ans ont un taux d’accès à la formation de 9%, contre 26% pour les 35 – 44 ans (...) »

Sans le moindre doute, le Medef répondra : Code de bonne conduite, mobilité, flexibilité, adaptabilité, ... Car si le Medef refuse qu'on lui impose la moindre contrainte, il n'hésite jamais à demander à l'état d'imposer les contraintes qu'il juge nécessaire aux salariés.

Néanmoins, monsieur Gattaz ne pourra pas s'exonérer d'une réponse précise sur le fait que le tour de passe passe qui consiste à se séparer de salariés à qui, il ne reste tout plus qu'un ou deux ans avant la retraite, ne fonctionnera plus si on passe l'âge légal de 62 à 65 ans.Ce qui signifierait au passage, pour les salariés, d'attendre 69 ans pour obtenir le taux plein. Vous imaginez bien combien atteindront cet âge en restant dans l'emploi !

Mais, que deviendront les 55/62 ans qui perdront leur emploi ?

Compte tenu du peu d'appétence et d'engagement des entreprises pour ces salariés, ils devront se limiter à toucher les indemnités chômage pendant 3 ans. Ensuite, les plus chanceux toucheront l'Allocation équivalent retraite (AER) si la droite revenant au pouvoir ne la supprime pas une fois de plus, pour les autres ce sera le RSA ou ... rien du tout !

Mais comme un malheur ne vient jamais seul, monsieur Gattaz souhaite rendre leur sort encore plus difficile ! Dans l'interview accordée au Monde, il évoque au passage, l'assurance chômage et glisse : « (...)  Il faut mettre en place un système d'incitation pour les demandeurs d'emploi qui reprennent une activité rapidement (...) Il faut également jouer sur la dégressivité des allocations »

Et Pierre Gattaz de conclure : « (...) Quand vous croulez sous le poids des charges, vous ne pouvez plus investir, vous ne prenez plus d'apprentis, de stagiaires, de jeunes en alternance (...) » les vieux quant à eux ....

Voila le message que monsieur Gattaz souhaite laisser aux « générations futures » qui, après tout, auront probablement, entre temps, découvert les joies de la retraite par capitalisation, cheval de bataille de Denis Kessler son conseiller occulte et patron de l'assureur SCOR qui aurait, selon Le Figaro, obtenu en échange de son ralliement : « (...) que les questions des retraites et de protection sociale reviendraient à la fédération de l'assurance (...) »

Sans commentaire !


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Libération

31 mai 2013

Restaurants & restaurateurs : Réchauffeurs de plats ou cuisiniers ?

La majorité des syndicats patronaux de la restauration s'opposent à ce que le terme restaurant soit réservé à ceux qui ne servent à leurs clients que des assiettes cuisinées sur place à partir de produits bruts. Ce qui en dit long sur leur vision de la gastronomie et l'artisanat de bouche !


La France pays de la gastronomie que le monde nous envie ! C'est en général le cri de guerre des Chefs, des critiques gastronomiques et de quelques élus épris de terroir. Sauf que lorsqu'on interroge les clients des milliers de restaurants français, beaucoup ont la sensation que ce sont surtout les industriels de l'agroalimentaire qui sont à l'origine du repas à base de « produits frais » qu'ils ont parfois payé fort cher ... 

Pour s'en rendre compte, il est intéressant de lire une récente étude Opinionway citée par L'Express qui positionne bien le débat qui est en train de monter dans le mileiu des restaurateurs : « (...) moins de deux Français sur trois disent faire confiance aux restaurateurs pour favoriser les produits locaux, les produits de saison (...) 82% estiment que l’utilisation par des restaurants de produits industriels est incompatible avec ce qu’ils attendent d’un restaurant (...) Un autre pas vers la qualité que les Français soutiennent massivement, c’est la création d’un statut garantissant que les plats sont cuisinés sur place : 96% d’entre eux jugent que ce serait une bonne chose (...) »

Précisons que cette étude a été commandée, si l'on en croit le document, par l'UIMH, qui avec six organisations professionnelles de l'hôtellerie-restauration (dont les fast food) sont opposées à la création d'une appellation « restaurant » et « restaurateur » dont  seuls bénéficieraient les lieux où le repas est cuisiné sur place à partir de produits bruts !

C'est quoi le problème ?

Un des syndicats de restaurateurs, le SYNHORCAT a décidé de mettre le feu à la profession. Il écrit sur son blog : « (...) le SYNHORCAT se bat depuis plusieurs mois pour que l’appellation « restaurant » » soit protégée par la Loi (...) » Précisant au passage qu'il est à l'origine d'un : « (...) projet d’amendement que nous avons rédigé et présenté à notre ministre de tutelle, Madame Silvia Pinel, ainsi qu’à de très nombreux parlementaires (...) » qui définit que : « (...)  un restaurant c’est un lieu où l’on sert à la clientèle des plats cuisinés sur place à base de produits bruts (...) » Et le SYNHORCAT de donner cet exemple : « (...) A l’instar des boulangers dont la qualité du pain s’est développée avec la protection de l’appellation « boulangerie », la protection de l’appellation restaurant tirera notre profession vers le haut (...) »

Au delà d'un très probable règlement de compte entre organisations syndicales qui remonte à la création du SYNHORCAT dont la vocation était de contrebalancer l'influence de l'UIMH, il faut effectivement s'interroger sur la définition d'un restaurant !

Selon l'UIMH et les syndicats GNC, SNARR, SNRPO, SNRTC et CPIH (voir descriptif ) , qui représentent également les fast-food, les chaînes d'hôtels, les cafétérias et les chaînes de restaurants : « un restaurant est un établissement où l'on sert des repas moyennant paiement ».  Ce que confirmait sans le moindre complexe Roland Héguy, le président de l’Umih, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, seuls 20 000 points de vente de restauration, sur les 120 000 de France, travaillent avec le frais.

On est bien loin de l'image du restaurateur se rendant chez ses fournisseurs de produits frais ou accueillant son petit maraîcher de bon matin, ainsi qu'aiment nous le montrer les émissions de télévision.

On notera au passage que la proposition du SYNHORCAT présente des similitudes étonnantes avec le statut de maître restaurateur. En effet, l'obligation est faite aux quelques 2700 restaurateurs labellisés de : « n'utiliser que des produits bruts de qualité et une cuisine élaborée sur place ». Seulement, cette fois-ci, c'est l'appellation restaurant qui serait retiré à tous ceux qui ne respecteraient pas les termes indiqués par le SYNHORCAT. 

Ce qui priverait toutes les chaînes disposant d'une cuisine centralisée, tous les fast food (qui utilisent des viandes surgelés), les pizzeria qui achètent leur pâte aux industriels et tous ceux qui sont des spécialistes de la tarte au citron ou du tiramisu maison fabriqués par ... des industriels (voir le catalogue Relai d'or Miko), du panneau restaurant.

C'est pourquoi L'UMIH, et les syndicats GNC, SNARR, SNRPO, SNRTC et CPIH qui affirment être des défenseurs du goût à la française s'opposent vigoureusement au projet. Au travers d'ailleurs d'arguments assez étonnant : « (...) cette nouvelle appellation restrictive risquerait « de créer une complète confusion dans l'esprit du public, des clients et surtout des touristes internationaux » et bien entendu, s'adressant au gouvernement, brandissent l'inévitable couplet  de l'emploi : « (...) l'usage restrictif du mot « restaurant » aurait « des conséquences dramatiques en termes d'emplois, notamment chez les jeunes » alors qu'un quart des 700 000 salariés du secteur a moins de 25 ans »

En revanche écrit Le Parisien : « (...) les six organisations syndicales sont favorables à la création d'un statut d'« artisan-restaurateur » allant dans le même sens, et discuté en ce moment à Bercy » et qui risque d'être un épiphénomène au même titre que les maîtres restaurateurs quasiment inconnus, à ce jour, de la population française.

En attendant, on pourra toujours sourire en écoutant les Chefs, les critiques gastronomiques et quelques élus épris de terroir nous parler de la France pays de la gastronomie que le monde nous envie, tout en évitant d'être naïfs sur le contenu et le prix des assiettes ... de la restauration française.



Bibliographie


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29 mai 2013

OCDE et Europe : La précarité généralisée comme réponse au chômage !

Selon l'OCDE et la Commission européenne, il suffirait que la France assouplisse encore son marché du travail, bloque les salaires, mette en place un SMIC jeunes et baisse les cotisations patronales pour faire baisser le chômage. En gros, la recette appliquée en Espagne, en Italie ou au Portugal avec le résultat qu'on connaît !
L'élément de langage est bien rôdé, si le chômage est au plus haut en Europe, c'est à cause des égoïstes qui ont un emploi et refusent de le partager avec ceux qui n'en n'ont pas. 

On peut en lire une synthèse, sous la plume de Hélène Syed Zwick, sur le site Fenêtre sur l'Europe  : « (...) La détérioration généralisée de la situation des marchés du travail nationaux en Europe, dont les causes structurelles sont désormais identifiées, exige des réformes en profondeur. Les nouveaux gouvernements en Espagne (Rajoy) et en Italie (Monti), mais aussi au Portugal (Passos Coehlo) se sont engagés à réformer leurs codes du travail respectifs. Ces pays, tout comme demain, inévitablement, la France et même l’Allemagne, sont confrontés à une problématique de fond identique : réduire le dualisme sur leur marché du travail qui scinde la population active en deux et qui fournit à une partie, sécurité et stabilité de l’emploi et à l’autre, majoritaire, une précarité génératrice d’insécurité et d’incertitudes (...) » Voir aussi : Réformes des marchés du travail, Espagne, Italie, Portugal

Avouez que lorsqu'on travaille dans le privé pour un salaire qui oscille entre 1300 et 1500 € brut par mois, se faire traiter de privilégié est assez surprenant. Néanmoins, les experts de l'OCDE et de la Commission européenne qui se moquent complètement de savoir si on peut se loger, se vêtir et manger correctement, avec de tels revenus le pensent !

C'est donc au nom de ce constat que l'OCDE et la Commission européenne viennent de demander à la France un certain nombre de réformes, essentielles pour eux, pour faire baisser le chômage de masse.

Pour l'OCDE « (...) Il faut donc accélérer les réformes (...) encourager la modération salariale et mettre en oeuvre un salaire minimum plus faible pour les jeunes adultes (...) »

En clair essayer de remettre en place le fameux « SMIC jeunes » baptisé par Edouard Balladur : Contrat d'insertion professionnelle 

Le seul problème pour ce type de contrat, c'est qu'une entreprise n'embauche que lorsque son carnet de commande le permet et non pas uniquement sur un critère de très bas salaire. Par contre, elle génère un effet pervers  : Elle se transforme vite en effet d'aubaine pour certains employeurs. En effet, elle ouvre la possibilité de recruter en priorité des salariés sous payés au détriment de salariés considérés plus chers.  Imaginez l'effet dans le cas où on assouplirait encore plus les conditions de licenciement !

Pour la Commission européenne  : « (...) le pacte pour la compétitivité, inspiré du rapport Gallois, et l'accord sur l'emploi, négocié par les partenaires sociaux, constituent des premiers pas dans la bonne direction. Pour M. Rehn (commissaire européen), il faut accélérer le rythme et l'ampleur des réformes (...) »

Traduction : comme l'écrivait l'un des candidats à la présidence du Medef, il faut passer à la version 2 de l'ANI et transformer chaque salarié en précaire permanent. Sans se poser, bien entendu, de question sur le fait qu'en fonction de l'âge ou de la capacité à changer de métier,  certains salariés, devenus chômeurs, ne retrouveront plus aucun emploi. 

Il suffira vous diront l'OCDE et la Commission européenne, de les cantonner à des mini jobs rémunérés à 3 ou 400 € par mois, comme en Allemagne où, sans cette astuce, le taux de chômage atteindrait 12%

Hé oui braves gens : « Le plein emploi est possible grâce à la totale précarité »  est en marche !


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Faujour

27 mai 2013

Chômage : Au Medef on aime l'idée des mini jobs !

Alors que la date de l'élection du futur président du Medef approche, les candidats rivalisent d'imagination pour proposer des solutions de plus en plus ... précaires pour les salariés. Dernière idée en date : Créer des mini jobs à la française en s'inspirant de leur très controversé modèle allemand.



Les candidats à la présidence du Medef n'en sont pas à une outrance près face au nombre record de chômeurs que connaît la France. Il y a peu, nous évoquions l'idée de Patrick Bernasconi qui proposait, alors que l'accord ANI vient seulement d'être validé par le parlement, de passer à une phase II de la flexibilité.

Histoire de ne pas être en reste, son concurrent Geoffroy Roux de Bézieux vient aujourd'hui de confier dans une interview au site web du magazine Challenge : « Il faut se poser la question des mini-jobs en France ».


Roux de Bézieux: "Il faut se poser la question... par Challenges


Mini jobs késako ?

C'est une invention allemande qu'on doit au gouvernement de Gerhard Schröder. Ils font partie des lois Hartz : « (...) mises en place entre 2003 et 2005 en Allemagne dans le cadre du vaste programme de réforme de l’État social (...) » nous explique le site des Missions allemandes en France. Ils figurent au chapitre Hartz II (application rétroactive au 1er janvier 2003) : « Soutien aux emplois faiblement rémunérés (« Mini-Jobs » (< 400 €) et « Midi-Jobs » (400-800 €) via des exonérations de cotisations salariales » Lire aussi le dossier très complet du CIRAC : « Les mini-jobs, une perspective pour les chômeurs ? »

Nous ne doutons pas que certains beaux esprits nous ressortent la litanie sur l'Allemagne : « Un vrai miracle économique: un taux de chômage historiquement bas, un commerce extérieur florissant, une croissance meilleure qu'en France, des PME orientées vers les nouvelles technologies... » histoire de valider un des volets les plus controversés de ces fameuses lois Hartz. 

L'Expansion en décembre 2012 nous expliquait l'effet pervers des mini jobs : « (...) Dans plusieurs secteurs comme la restauration, les "minijobs" ont pris la place de vrais emplois soumis aux charges sociales (...) l'Agence allemande pour l'emploi recense 7,4 millions de contrats de travail de ce type (...) » au point que, la fédération allemande des services, Ver.di critiquait : « (...) l'utilisation abusive de ce type de contrat, dans le commerce de détail notamment, qui s'en sert pour remplacer les contrats traditionnels à temps partiel (...) »

En octobre 2011, Slovar les Nouvelles évoquait les : « les failles et les défis du modèle allemand » dans lequel étaient cités les mini jobs allemands , se référant à un article/dossier

du très pertinent site Myeurop.

Extraits : « (...) un système qui, par vases communicants, aurait progressivement fait passer plusieurs millions d’allemands des listes de chômeurs à ceux de quasi-chômeurs ou travailleurs pauvres (...) Une responsable de l’Arbeitsagentur d’Hambourg (Pôle-emploi allemand), souhaitant garder l’anonymat, ne cache pas sa colère : Qu’on arrête de parler de miracle économique. Aujourd’hui, le gouvernement répète que nous sommes aux alentours de 3 millions de chômeurs, ce qui serait effectivement historique. La réalité est toute autre, 6 millions de personnes touchent Hartz IV, ce sont tous des chômeurs ou des grands précaires. Le vrai chiffre n’est pas 3 millions de chômeurs mais 9 millions de précaires (...) »

« Les Mini-Jobs : des contrats à temps partiel, payés 400 euros par mois, qui permettent aux employeurs d’être exonérés de charges mais prive ses bénéficiaires d’assurance maladie et travail. Ils n'ouvrent aucun droit à la retraite ou aux allocations chômage (...) » Ils : (...) tiennent le haut du pavé, avec une augmentation de 47,7%, simplement devancés par le boom de l’intérim (+134%) (...) Certaines entreprises ont voulu tirer profit du système, privilégiant, par exemple, deux ou trois mini-jobs, fiscalement neutres, à l’embauche d’un salarié en plein-temps (...) » 

Myeurop cite le cas de ce retraité qui sert des parts de gâteau à la cafétéria d’un centre de soins : « En tant que retraité je touche 525 euros par mois. Je paye un loyer de 440 euros. Avec téléphone, le gaz, etc, il faut rajouter 150 euros. Et cela ne suffit pas. Il faut bien vivre de quelque chose c’est pour ca que je travaille ici. Wolgang travaille donc 20 heures par semaine dans ce centre, et cela pour 390 euros par mois (...) »

C'est donc cette solution qui, avec la flexibilité accrue, face au chômage de plus de 17 millions de personnes en Europe, semble avoir les faveurs de M. Roux de Bézieux, de Karel Van Eetveld, le patron de l'union flamande des entrepreneurs indépendants qui propose une adaptation des mini-jobs à la Belgique ou du patronat espagnol qui y verrait un moyen de payer les salariés en dessous du SMIC local

Logiquement, M. Roux de Bézieux ne devrait donc pas tarder à nous proposer les fameux jobs à 1 € qui sont également « un des atouts » du système allemand et que Laurent Wauquiez rêvait d'imposer en France. En effet, en cumulant les mini jobs et les jobs à 1 euro, les chiffres du chômage devraient rapidement baisser au profit d'une précarité et d'une misère qui ne semblent pas tracasser les organisations patronales d'Europe. 

« Le miracle allemand n'est en effet que mirage - voire cauchemar - pour une partie importante des travailleurs allemands, en l'occurrence pour près de cinq millions d'entre eux ! » écrivait l'économiste Michel Santi sur le HuffPost.

Rien à ajouter, si ce n'est se battre contre l'application de ces vecteurs de misère durables !

16 mai 2013

Le Medef prépare déja l'acte II de ... la flexisécurité !

Le projet ANI a peine validé par le parlement, les candidats à la présidence du Medef envisagent déjà un acte II de ce qu'ils qualifient de « flexisécurité ». La course au toujours plus de précarité pour les salariés continue !



La campagne pour l'élection à la tête du Medef bat son plein. le plus prolixe dans les média, est Geoffroy Roux de Bézieux qui vient de présenter son programme, repris par Le Figaro. On y trouve pêle mèle : « (...) un moratoire de trois mois sur les charges sociales (...) la fixation dans l'entreprise de la durée de travail (...) l'allégement du coût du travail, la baisse de la fiscalité des entreprises, la simplification administrative ou la limitation des délais de procédure (...) »

Sur les retraites et l'indemnisation chômage, pas de quartier puisqu'il propose : « (...) le recul de l'âge de départ à la retraite, l'allongement de la durée de cotisation ou encore la désindexation des pensions (...) » Et en ce qui concerne les chômeurs : « une profonde remise à plat du dispositif d'indemnisation: retour à la dégressivité des allocations, division par trois du plafond, réduction du délai(...)

Au delà de l'outrance de ces propositions destinées à rallier les patrons/électeurs les plus durs, on notera cette petite phrase : « (...) il faut aller plus loin que ce qui a été décidé dans l'accord national interprofessionnel du 11 janvier »

Donc, l'accord ANI que Laurence Parisot qualifiait, il y a quelques jours : « d'événement dans l'histoire économique et sociale de notre pays » et ajoutait que le texte donnera aux entreprises des outils pour une « adaptation rapide et sécurisée aux évolutions de leurs carnets de commande et de la conjoncture tout en renforçant la protection des salariés ». serait déja dans l'esprit de ses possibles successeurs, périmé ?

On est en droit de le penser en lisant le dernier billet publié par Patrick Bernasconi, l'ancien bras droit de Laurence Parisot, et autre candidat à sa succession.

Qu'écrit-il ?

« (...) Premièrement, il faut un acte II de la flexisécurité, après l’accord du 11 janvier. Ce nouvel accord devra traiter notamment de trois sujets :

- le temps de travail, qui doit être fixé dans l’entreprise en faisant disparaître la norme générale des 35 heures ;

- des accords compétitivité emploi offensifs – pour aller à la conquête d’un nouveau marché par exemple – et pas seulement défensifs ;

- et l’instauration du « contrat de projet », nouveau contrat dont la durée sera liée à l’accomplissement d’un projet (sur le modèle du « contrat de chantier » dans le BTP)
.

(...) Le gouvernement a annoncé son intention de donner toute sa place au dialogue social : je demande au Président de la République de s’engager clairement à laisser les partenaires sociaux prendre la main dans ces trois domaines. Nous aurons, alors, une véritable obligation de résultats »

Les moins avertis d'entre nous auront remarqué qu'aucune des propositions émises par MM Roux de Bézieux ou Bernasconi ne fait référence à la « sécurité » des salariés prévu dans l'ANI pourtant signé par le Medef.Et compte tenu des dates hypothétiques d'application des droits rechargeables des chômeurs et de la complémentaire santé pour tous les salariés, il est assez probable que c'est la partie « flexibilité » an I et an II que le nouveau boss du Medef essayera d'imposer le plus rapidement possible aux syndicats et au gouvernement !    

Gesticulations et surenchères de candidats ? Certainement. Néanmoins, ces écrits démontrent, si cela était nécessaire, que la vigilance des salariés ne doit surtout pas se relâcher !

Crédit et copyright photo
La Croix